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Myriam Caron, dans le Bleu des vagues

Photo: Christine Blaney\collaboration spéciale

Myriam Caron présente son second roman, Bleu. Pourtant, l’auteure de la Côte-Nord partage le crédit de son écriture avec une autre: «C’est la mer qui a écrit ce livre», remarque-t-elle.

Bleu, c’est l’histoire d’Orane, une créatrice de parfums. Coincée dans une relation boîteuse avec un type qu’elle surnomme son chien galeux, cette amoureuse du large quitte Montréal pour retourner à Sept-Îles. Le type la suit, ne s’adapte pas, lui rend la vie dure. Orane, elle, commence à souffrir de maux de tête inexplicables, ressent soudain une assommante fatigue qui l’empêche de fonctionner.

«Roman-testament», «roman-thérapie», «roman qui fait du bien», Bleu est porté par une écriture au rythme qui change, comme les vagues. Parfois, c’est la tempête, d’autres fois, le calme qui la suit. «C’est la mer qui m’a dicté ce livre, c’est elle qui m’a guidée, précise Myriam Caron. C’était comme si j’avais été en transe, emportée, inspirée, connectée.»

On devine – et l’auteure le dit – que ce roman est fortement autobiographique, que plusieurs des épreuves que son héroïne traverse, la créatrice les a traversées aussi…Pour décrire ses émotions et le torrent qui l’anime, Orane se construit par exemple un monde, se réfugie dans les profondeurs marines, nage avec un phoque, suit un épaulard, discute avec une anémone, se lie d’amitié avec un crabe, croise des oursins. Et si elle apprend enfin le nom de la maladie qui la ronge, le mot «tumeur» n’arrive que tard dans le roman, après presque 200 pages. Autrement, la narratrice préfère qualifier sa maladie de «méduse». «Je n’aime pas le mot tumeur, remarque l’auteure, qui a elle-même été diagnostiquée de ce mal il y a quelques années. Tu-Meurs. Ça fait bien trop tu-vas-mourir.»
«Quand je l’ai vue, ma tumeur, pour la première fois, ajoute-t-elle, ça m’a vraiment fait penser à une méduse. Pareil. C’est comme si tu versais un verre de lait dans un plat de spaghetti. Je l’ai apprivoisée comme ça. Je trouvais qu’elle était plus sympathique en méduse.»

Il faut dire que Myriam Caron n’a pas peur d’aborder des sujets difficiles. Dans son premier roman, Génération pendue, elle parlait de suicide. Dans Bleu, elle traite de maladie, de manipulation psychologique. Mais la noirceur de certains passages cède souvent place à la lumière. «Les ombres, la mort, les démons, je les ai tous apprivoisés, se félicite-t-elle. Pis je les aime! J’ai appris à dire: O.K., venez-vous-en, les ombres, on va jaser!»

Dans ce récit, celle qui dit être «dans son élément» auprès des vagues dresse aussi un constat de tristesse sur l’état de la mer et la façon dont on la maltraite. Même si elle dit avoir «biffé bien des paragraphes», parce qu’elle trouvait qu’elle était «rendue trop dans le politique», la romancière raconte le déversement de mazout à Sept-Îles en 2013, le manque d’intérêt des médias, la couverture inexistante. «C’est l’horreur, le monde n’a aucun respect. C’est comme si la mer était rendue une grosse poubelle.»

Son histoire est du reste entrecoupée de «Nouvelles du large». Là, c’est vraiment le grand bleu qui parle. «Parce que la mer a besoin d’Orane et qu’Orane a besoin de la mer pour se guérir, explique Myriam Caron. Elle répond à son appel, et les deux fusionnent vraiment.» D’ailleurs, au fil de l’histoire, la narratrice se libère, tourne doucement la page sur l’agression qu’elle a vécue, adolescente, se sort d’une relation émotionnellement violente, décide de foncer dans la vie. «Je me suis vraiment laissée aller en écrivant, je me suis laissée inspirer, dit l’auteure. C’est un livre qui m’a fait du bien. C’est un livre qui m’a guérie.»

Bleu caronBleu
Aux éditions Leméac
Présentement en librairie

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