Fontarabie aux Francos: brillante symphonie
Après quelques pièces de Fontarabie, au Théâtre Maisonneuve dimanche soir, le capitaine du bateau, Julien Mineau, s’est exclamé, avec un sourire grand comme ça et l’air d’un gamin le jour de Noël: «Tout ça, c’est pour moi. Je tripe!» La main au feu que tout le monde dans la salle avait le goût de répondre: «T’inquiète! Nous aussi!»
Le rideau s’est ouvert sur un univers crépusculaire, fantomatique. Au son d’une intro instrumentale, Fontarabie s’est dévoilé dans toute sa puissance orchestrale. Sur scène, 15 musiciens, et au centre, enfin un peu vers la gauche, le maître de ce projet dément, Julien Mineau. Avec sa chemise à carreaux, sa tuque sur la tête et sa guitare à la main. Cool. C’est dans ce décor que la voix de Malajube, groupe-en-pause-décidément-trop-longue-selon-les-inconditionnels, a donné corps à son nouveau-né. Des compagnons dudit groupe, Francis Mineau et Thomas Augustin, l’accompagnaient sur scène.
Projet ambitieux qui aura surpassé les plus grandes attentes, Fontarabie s’est décuplé à sa puissance maximale en live. Le leader lui-même semblait agréablement épaté par le rendu de ses compositions. Des compositions que, soit dit en passant, il a révélées pour la première fois en formule numérique il y a de ça deux mois.
Si on avait déjà savouré les morceaux à la parution-surprise de l’album éponyme, il faut dire que, transposé «en vivant», Fontarabie s’est révélé encore plus dense, dans le bon sens du terme. Les couches se superposaient, se chevauchaient et se dévoilaient dans toute leur complexité, les jeux d’éclairage soulignant l’intensité dramatique de l’ensemble, les faisceaux lumineux perçant l’obscurité.
Tout y était: la force des cuivres, le côté aussi sinistre qu’ensorcelant du célesta (dont jouait Augustin). La douceur presque romantique du quatuor à cordes qui cédait la place à une ambiance inquiétante et horrifique dans ces moments où les archets galopaient à toute vitesse. Et puis Mineau qui, de sa voix si typée, chantait chercher «quelque chose qui n’existe pas, quelque chose qui n’existe pas…» Sans oublier les instants plus rock et pesants, et ces finales tonitruantes de pièces qui, plutôt que de s’arrêter d’un coup sec, s’estompaient dans l’espace, dans un flottement.
Ce n’est que «deux p’tites [chansons] avant la fin» qu’on a émergé de ce surréaliste océan de sons dans lequel on était plongés. En effet, le guitariste-chanteur-compositeur a alors «fait quelque chose qu’il n’avait encore jamais fait», soit sortir un papier avec une liste pour présenter ses musiciens avec une voix de Roue de fortune («J’me cherche une job dans l’humour, tranquillement pas vite», s’est-il amusé). Parmi ce regroupement de premier ordre, on dénombrait l’altiste Frédéric Lambert et le violoncelliste Pierre-Alain Bouvrette, du Quatuor Molinari, la trompettiste Lysandre Champagne et le clarinettiste Guillaume Bourque.
Pour conclure l’odyssée, en rappel – et en plus petite formation –, le devin en chef de Fontarabie a interprété une nouvelle composition de son projet promu à une longue vie.
Voilà le genre de concert dont on dira longtemps, sans prétention, mais avec une joie sincère: «Ouais! J’étais là!»