Francos: authentique Philippe Brach
C’était une grosse année pour Philippe Brach. Une belle année. «Je n’ai pas à me plaindre. C’était cool», remarque-t-il.
Aussi authentique en entrevue que sur disque, le musicien originaire du Saguenay, qui a fait paraître en avril son premier long-jeu, La foire et l’ordre, ne part pas la cassette. Il dit qu’il a été content de participer à tout plein de concours – dont les Francouvertes, qu’il a remportées – mais qu’il n’en fera plus jamais de sa vie. Il dit aussi qu’il se fout pas mal des étiquettes. Que le trash, c’est quelque chose qu’il «n’haït pas». «C’est une facilité pour moi d’écrire des choses qui sont plus sombres. Plus crasses. C’est clairement ma zone de confort.»
Dans vos chansons, vous oscillez toujours entre ce moment où le party est vraiment le fun et celui où le party risque de basculer et de l’être beaucoup moins.
Clairement. La limite est vraiment mince, et j’aime me promener sur cette frontière-là.
Vos arrangements se promènent aussi sur cette ligne-là entre la folie contrôlée et incontrôlable.
Complètement. On a voulu aller au service de la chanson plutôt qu’au service de l’album. Si on avait le goût d’un arrangement juste sur une toune, on le faisait juste pour la toune et on se foutait qu’on ne le retrouve pas ailleurs sur le disque. Sur le deuxième album –, je suis déjà en train de le composer– ça va être pas mal plus tranquille, pas mal plus assis. Ça se peut que ça dérape encore en cours de route, mais à date, ça va être ça!
À la sortie du disque, vous disiez que vous n’assumiez pas encore complètement tous vos textes. Vous les avez apprivoisés avec le temps?
Ouais, même que, pour me déculpabiliser, je leur ai trouvé des significations un peu bâtardes. Mais il n’y a pas tant de choses que je n’assume pas. C’est vraiment des petits passages. Des niaiseries. Que j’ai déjà assumées dans le passé ou qui faisaient partie de moi. C’est un premier album, donc c’est un peu une photo de qui je suis, d’où je suis rendu.
Sur votre album, vous chantez vous sentir déjà vieux à 22 ans; vous parlez de plusieurs trucs assez personnels. Vous dites que c’était une photo, mais est-ce que cette photo a été facile à montrer?
Non! Mais c’est cool aussi que ce soit un premier album pour ça. Je l’ai [composé] quand même longtemps avant qu’il ne sorte. Ça m’a permis de me détacher complètement du contenu.
Vous avez raconté avoir écrit la chanson Downtown lorsque vous avez déménagé à Montréal et que vous peiniez à trouver votre place dans la ville. L’avez-vous trouvée?
Oui, définitivement, j’ai plus l’impression de demeurer à Montréal. Mais ce n’était pas juste de trouver la place que j’ai ici; c’était de me trouver en tant que personne aussi. Maintenant, je peux être un peu n’importe où, pis j’suis plus à l’aise. Je pense que c’était plus de la fuite qu’autre chose.
[pullquote]
Votre chanson Race-pape [qui critique l’Église], est sortie à un moment où, dans l’actualité, on parlait beaucoup de religion. Est-ce que vous en avez eu des échos?
Ça, c’est le genre de chanson que soit le monde aime ben, soit il aime pas pantoute. Il y a beaucoup de catholiques pratiquants qui m’ont écrit pour me dire qu’ils étaient d’accord avec moi; qu’ils n’étaient pas d’accord avec les valeurs que l’Église prône dans nos temps modernes. Mais il y en a beaucoup qui m’ont dit, man, c’est dépassé au Québec en 2014, cancelle ça de ton album. Mais je tenais à la sortir parce que, de un, la toune groove et j’aime ça la faire en show, et de deux, c’était tellement compliqué de m’excommunier de ça, que cette chanson, c’est comme ma p’tite excommunion à moi.
Philippe Brach
En première partie des Hay Babies
Au Club Soda
Samedi à 19h