La voix de l’ombre: ce qu’on traîne du passé
Pour son premier long métrage, la réalisatrice Annie Molin Vasseur tisse dans La voix de l’ombre une histoire sur la réparation, remplie de souvenirs pas toujours heureux et de photographies.
Marie-Hélène (jouée par France Castel) est photographe. Elle vit une relation amoureuse avec un homme plus jeune, Thomas (Mario Saint-Amand), qui, de son côté, vit avec sa femme et sa fille. Bien qu’ils se soient quittés quelque temps auparavant, Thomas revient dans la vie de Marie-Hélène alors qu’il tombe dans le coma à la suite d’un accident de vélo. Marie-Hélène le visite en secret à l’hôpital et lui raconte ses journées et ses souvenirs, dans l’espoir qu’il revienne à lui. Elle le nourrit d’images qu’elle croque au fil de ses promenades, et dont l’effet «photographique» est porté à l’écran.
«En fait, au départ, j’avais envie de montrer les petites choses de la vie, confie la réalisatrice. La beauté des petites choses de la vie. Une femme, au chevet d’un homme dans le coma, qui lui raconte les petits événements du quotidien, pour le ramener à la vie, finalement».
Ces histoires racontées par Marie-Hélène feront leur chemin dans l’esprit de Thomas. Après son réveil, il réalisera un film dont les images sont celles qui lui sont apparues alors qu’il était inconscient.
«Le thème du coma, c’est un peu l’image d’une société blessée, qui ne fonctionne pas très bien et qui, en même temps, est pleine de ressources», affirme Annie Molin Vasseur.
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Pourtant, La voix de l’ombre, c’est, quelque part, tout ce qu’on traîne derrière soi. Autant Marie-Hélène que Thomas ont eu une enfance difficile. Leurs souvenirs remontent à la surface, tout au long du film, sous forme de flash-back, sans chronologie précise. L’enfance de Marie-Hélène est marquée par une mère qui boit tout en se lisant de la poésie à voix haute. Malgré toutes les zones obscures et les non-dits sur ce passé, la blessure est palpable. La narration d’un poème accompagne d’ailleurs le film, avec la voix de la mère de Marie-Hélène. Pour Thomas, c’est plutôt une enfance passée dans la petite criminalité dans laquelle son père le traînait qui l’a marqué.
«Je pense que c’est le devoir de chacun d’essayer de dépasser son enfance. Peu importe ce qu’elle a été, on fait notre possible», observe la comédienne France Castel.
«Plus on va vers un âge avancé, plus l’enfance remonte, et plus elle demande des comptes, poursuit la réalisatrice. L’enfance doit être réparée, probablement, avant de mourir. C’est dans ce sens-là que c’est un film optimiste, même s’il va chercher au fond des choses difficiles.»
Des grands complices
France Castel et Mario Saint-Amand sont amis depuis plus de 20 ans. «On s’est rencontrés au théâtre, dans une pièce de Jean-François Caron, Aux hommes de bonne volonté, et là on avait besoin de fraterniser dans quelque chose qui nous amène plus loin, tant par rapport à notre relation d’amitié qu’à notre relation professionnelle», détaille Mario Saint-Amand.
«On n’est pas un couple, on n’a jamais été un couple, mais en raison de notre grande complicité, je pense qu’on a pu s’abandonner à cet état amoureux qu’on aurait pu avoir l’un pour l’autre sans problème», ajoute France Castel dans un éclat de rire.
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La voix de l’ombre
En salle dès vendredi