Jamie Adkins: clown de tous les jours
Jamie Adkins n’entretient pas de rêves de grandeur. Au contraire. Plus son spectacle Circus Incognitus est intime, mieux l’artiste se porte.
L’Américain qu’on a déjà pu voir au sein de grandes compagnies comme le Cirque Éloize et le Cirque du Soleil – il a vécu à Montréal «les 15 derniers hivers», rappelle-t-il – fait désormais cavalier seul avec Circus Incognitus. Seul, vraiment? «En tant que clown, quand on fait un spectacle solo, on n’est jamais seul, précise-t-il. On a toujours un partenaire : le public!»
Métro s’est entretenu avec ce clown aux multiples talents.
Pourquoi ce nom, Circus Incognitus?
D’abord, c’est une confession : venez voir cet artiste inconnu! C’est pour souligner que je sais très bien que personne ne sait qui je suis. On ne fait pas du cirque pour la popularité. J’en vis depuis 20 ans, mais je n’ai jamais pensé devenir célèbre. Le but, c’est de donner au public le meilleur spectacle possible.
Vous qui avez fait partie du Cirque Éloize et du Cirque du Soleil, trouvez-vous plus difficile de performer en solo?
C’est certain que c’est un défi, mais d’un autre côté, c’est plus facile pour moi d’improviser quand je suis seul sur scène. Puisque je connais le spectacle, je peux m’éloigner du «scénario», de ce qui était planifié, et improviser en interagissant avec le public aussi longtemps que je le souhaite, pour retourner ensuite à ma ligne directrice sans que rien n’y paraisse. C’est un vrai plaisir, pour un artiste.
Après des années de spectacles de cirque très extravagants, il semble y avoir un retour à la simplicité, à l’essentiel – vous en êtes un exemple. Comment expliquez-vous ce besoin?
En tant qu’artiste, je tente de prendre moins de place, pas de devenir plus grand! J’aime l’intimité. J’ai créé le genre de spectacle que j’aime regarder. Quand je vais voir une prestation, j’ai envie d’apprendre à mieux connaître la personne sur scène. J’aime aussi les grands spectacles extravagants, mais pour moi, ça ne se joue pas sur le même plan. Il n’y a pas de comparaison possible! On ne peut pas comparer un spectacle d’auteur-compositeur dans un petit bar intime à un gros show d’aréna de Lady Gaga. Ce sont deux choses totalement différentes.
Vous qui avez beaucoup voyagé, voyez-vous une différence entre les réactions des différents publics?
Absolument! Particulièrement parce que je fais de la comédie, et que le rire, c’est culturel. Il y a des choses qui font rire les gens au Québec, mais pas en France. J’adore réussir à deviner ce qui fonctionnera ou non. C’est un défi très intéressant.
Surtout si vous vous permettez d’improviser et de changer vos numéros en fonction de la réaction des gens…
Oui! Et si c’est possible, c’est entre autres grâce à la nature de mon spectacle. Quand j’étais simplement jongleur, si j’échappais une balle, ça ruinait le numéro. En tant que clown qui jongle, je peux me servir de cet élément comme d’une occasion de faire rire. Je n’ai pas besoin de le cacher. C’est assez libérateur!
Qu’aimeriez-vous que les gens ressentent quand le rideau tombe?
De la joie. Quand les spectateurs rient ensemble pendant une heure, ils deviennent comme une seule entité. J’adore ce moment! Quand il y a des enfants dans le public, c’est encore mieux. Il n’y a rien de plus contagieux qu’un rire d’enfant!
Circus Incognitus: pour petits et grands
En offrant un spectacle en après-midi, pendant la semaine de relâche, Jamie Adkins vise manifestement un public familial. Mais il ne s’adresse pas seulement aux enfants, puisque son spectacle comprend plusieurs degrés d’humour, assure-t-il.
«Je suis un clown, mais pas au sens où on l’imagine – vous savez, avec le visage blanc et le costume bouffant, nuance-t-il. Je porte un costume gris, et j’ai un maquillage de scène. Je suis une personne ordinaire qui se sert d’objets de la vie de tous les jours pour exécuter des numéros.»
Souvent comparé à Charlie Chaplin ou à Buster Keaton, c’est plutôt de Bugs Bunny que le clown tire son inspiration. «Dans un dessin animé, les personnages vivent toutes sortes de situations vraiment horribles, mais ne se laissent jamais décourager et gèrent tout avec humour, rappelle-t-il. Et un clown fait la même chose!»
Circus Incognitus
À la TOHU
Jusqu’à dimanche (à 14 h)