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Over My Dead Body: un film comme un pacte de vie

Tandis que Dave St-Pierre attendait sa greffe de poumons, son amie Brigitte Poupart était là, caméra à la main. Entretien.

Comment meubler le temps en attendant? En attendant que notre nom se hisse lentement, très lentement, vers le premier numéro de la liste des patients en attente de greffe? Pendant un an et demi, le chorégraphe et danseur Dave St-Pierre, atteint de fibrose kystique, a patienté pour une transplantation de poumons. Pendant ces temps difficiles, sa grande amie et âme sœur Brigitte Poupart l’a suivi «avec sa camera en guise de sac à main». Vivant la nuit, lui enchaîné à sa lunette nasale à oxygène, elle à son objectif, les inséparables complices ont fait passer le temps en se racontant des histoires et en s’inventant mille spectacles, tout ça en espérant que l’opération ait lieu. Bientôt. Enfin.

Que ceux qui auraient peur de voir un documentaire traitant exclusivement de maladie se rassurent : Over My Dead Body, premier film signé Brigitte Poupart présenté en clôture des RVCQ ce samedi, aborde une multitude d’autres sujets… Oui, le film parle de maladie, avec une infinie sensibilité, mais il parle aussi d’amitié, d’amour et surtout, de danse. Un art sans lequel, Dave St-Pierre n’aurait «peut-être pas vécu aussi longtemps», affirment ses amis. En effet, durant ces mois infiniment rudes, même s’il a dû cesser de danser, St-Pierre n’a pas abandonné sa passion pour autant et s’est plutôt tourné vers la chorégraphie. «C’était la seule façon qu’il avait trouvée pour ne pas déprimer durant tous ces mois où il a dû rester immobile, fait remarquer Brigitte Poupart. Imagine comme ça doit être frustrant : ton corps ne te suit plus, mais ton cerveau est encore totalement là, lui…»

Brigitte aussi était là pour son ami, captant les images de leurs journées avec sa griffe de metteure en scène chevronnée. Le documentaire qui en résulte est de ce fait vraiment inspiré, notamment grâce à une narration bouleversante et une super bande-son originale de Misteur Valaire. Au sujet de ce groupe dont elle a mis en scène le spectacle présenté au Métropolis puis au Festival international de Jazz de Montréal l’an dernier, la jeune femme confie que «Misteur Valaire sont des musiciens chevronnés. Ils ont tout de suite capté ce que je voulais que leur bande sonore exprime : une tension et des rythmes qui reflètent le flux sanguin, le rythme cardiaque, l’essoufflement…»

Devant la caméra de Poupart, outre Dave St-Pierre à la fois infiniment fragile et porté par un désir de s’en sortir, se confient collaborateurs, famille, amis… Parmi eux, on voit le père du chorégraphe qui, dans le corridor de l’hôpital lance au sujet de son fils un émouvant : «J’aime ça quand il rentre dans le dash du monde!» Et puis, il y a le docteur Pasquale Ferraro, homme calme et doux, qui décortique pour les besoins du film les détails techniques et médicaux en faisant preuve d’une grande humanité. «Il a un tel charisme, c’est impressionnant! s’exclame Brigitte. Je l’ai trouvé extraordinaire et généreux. Sa présence est un cadeau in­estimable, qui permet de placer le spectateur dans quelque chose de concret.»

Parmi les moments frappants d’Over My Dead Body, il y a celui où St-Pierre, chorégraphe d’Un peu de tendresse bordel de merde! et de La pornographie des âmes, des créations acclamées un peu partout dans le monde, lance qu’il «n’a pas d’assurances». Puis, on le voit à l’hôpital se faire expliquer les coûts élevés d’une simple chambre de convalescence. Fou quand même, quand on y pense… «Se faire assurer quand on a une maladie dégénérative? Bonne chance! Personne ne veut le faire», observe son amie qui ajoute que St-Pierre bénéficie tout de même d’une assurance de l’Union des artistes. «Mais ce n’est vraiment pas grand-chose», dit-elle.

Une autre question intéressante que la réalisatrice se pose dans Over My Dead Body, c’est celle qui consiste à déterminer si elle doit «filmer ou tenir la main» de son complice malade. «Nous avions un pacte, confie-t-elle. Je devais le filmer, peu importe ce qui arrive, même s’il fallait qu’il meure devant mes yeux. C’est ce qu’il m’avait demandé et je ne pouvais pas le trahir : il fallait que j’aille juste qu’au bout.» Finalement, à la fin de cette éreintante odyssée, la jeune femme s’est assise avec ses images, se demandant comment raconter ce rude périple. «J’ai passé beaucoup de temps à essayer de trouver ma ligne directrice. Je ne savais pas si je devais m’intégrer là-dedans ou pas, mais je trouvais qu’il manquait une voix à laquelle le spectateur pourrait s’identifier. J’ai donc sorti toutes mes réflexions et j’ai raconté tous les états par lesquels j’avais passé en voix off. C’est le dernier morceau que j’ai mis sur le film. La porte d’entrée dans notre histoire…»

Over My Dead Body
En salle dimanche
Présenté en clôture des Rendez-vous du cinéma québécois
Samedi à 19 h au Quartier Latin

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