Culture
21:54 21 février 2016 | mise à jour le: 21 février 2016 à 22:55 temps de lecture: 4 minutes

Tout le monde en parle: Marc Béland pardonné, Yves Lever critiqué

Tout le monde en parle: Marc Béland pardonné, Yves Lever critiqué
Photo: Radio-Canada

Alors que le comédien Marc Béland s’est excusé d’avoir défendu bec et ongles son ami Claude Jutra, Yves Lever, auteur de la biographie qui a révélé la semaine dernière la pédophilie du cinéaste décédé depuis 30 ans, a été critiqué hier sur le plateau de Tout le monde en parle (TLMEP).

M. Béland avait affirmé à l’émission 24/60 lundi dernier que «tant qu’il n’y a pas de dénonciation, il n’y a pas de crime». C’était deux jours après la publication d’articles rapportant que la biographie écrite par Yves Lever contenait un court passage sur la tendance pédophile de Claude Jutra, sans plus de détails. Et deux jours avant le témoignage anonyme d’une première victime, surnommée Jean, paru dans La Presse+, qui a affirmé avoir été abusé par le cinéaste dès l’âge de 6 ans. [Samedi, une deuxième victime, le scénariste Bernard Dansereau, a témoigné, mais cette information n’était pas connue lors de l’enregistrement de TLMEP, jeudi dernier.]

«Je regrette de m’être emporté, […] d’avoir malencontreusement utilisé des termes qui dépassaient ma pensée, a dit Marc Béland. Je voyais des accusations très graves sans preuve. J’ai eu cette phrase très maladroite. Je retire cette phrase. Je suis complètement désolé si j’ai pu heurter des victimes.» Après ce mea culpa, le public a applaudi chaleureusement. Le cas de M. Béland était clos.

Yves Lever, l’auteur de la biographie, a ensuite été critiqué à plusieurs reprises par certains invités de TLMEP. D’abord par la thérapeute et ancienne collègue de M. Jutra, Louise Rinfret, qui a déclaré que si elle avait su ces informations quand Jutra était encore vivant, elle aurait appelé la police «dans la minute qui suit». «Je te comprends et trois quarts», a-t-elle lancé au biographe, lui reprochant de prendre la défense du cinéaste lorsqu’il affirme que Jutra n’était pas «pédophile 24 heures par jour».

M. Lever s’est défendu en disant vouloir protéger la confidentialité des personnes qui ont témoigné pour son ouvrage. «Un journaliste ne cite pas ses sources», a-t-il dit.

«Un journaliste garde ses sources confidentielles, mais il raconte l’histoire», a répliqué le chroniqueur Yves Boisvert, présent sur le plateau. M. Boisvert a accusé M. Lever de jaunisme à plusieurs reprises, dénonçant le biographe d’avoir «fait les choses à moitié» en «lâchant une bombe au milieu de son livre, dans un chapitre qui s’appelle Les amours de Claude», sans élaborer davantage sur la sexualité déviante de Claude Jutra.

Sur la défensive, le biographe a affirmé que s’il avait rapporté le témoignage de Jean dans son livre comme l’a fait La Presse+ mercredi dernier, «on aurait dit que c’est du sensationnalisme». M. Lever a rappelé que son ouvrage se veut une «biographie complète» de Claude Jutra. «J’ai voulu parler de l’homme total qu’il était.»

En milieu de segment, l’animateur Guy A Lepage a lu un extrait d’une lettre envoyée par Jean à l’intention des téléspectateurs de TLMEP, dans laquelle la victime rappelle que le but de sa dénonciation était de briser le silence sur la pédophilie afin de prévenir les abus. «Les gens qui sont en famille et qui ont des enfants devraient avoir les moyens d’avoir des discussions», mentionne-t-il.

Invité à commenter l’affaire, le comédien Marc Labrèche, qui a côtoyé Jutra, a dit penser d’abord à la victime. «J’espère que Jean commence à mesurer l’aspect libérateur de son aveu, c’est ce que je souhaite en tout premier lieu, avant de parler de Jutra pour qui j’avais beaucoup d’estime. Merci pour ce témoignage qui permet de cheminer vers une certaine vérité et encourager d’autres [personnes] à briser le silence», a-t-il déclaré.