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Le coeur régulier: quand le coeur reprend ses droits

Photo: K-Films Amérique

Dans Le cœur régulier, un long métrage qui invite à la méditation réalisé par Vanja d’Alcantara, Niels Schneider se glisse dans la peau de Nathan, un écorché vif qui vit à 100 % chaque seconde de son existence. Un rôle pour lequel il semble avoir eu un coup de foudre.

«Je me sentais assez proche de Nathan, avoue Niels Schneider, en entrevue téléphonique avec Métro. J’ai éprouvé un amour instantané pour ce personnage. J’avais vraiment envie de me glisser dans sa peau et de le défendre.» Et le résultat est saisissant. Même s’il n’est à l’écran que quelques minutes au début du film, Niels Schneider y laisse son aura en filigrane.

«Il fallait que je rende Nathan le plus vivant, le plus solaire possible, pour qu’il puisse continuer de rayonner et laisser sa marque pendant tout le film», explique l’acteur franco-canadien installé depuis trois ans à Paris.

Inspiré du roman du même titre d’Olivier Adam, à qui on doit notamment le livre Je vais bien, ne t’en fais pas, Le cœur régulier suit le périple émotionnel d’Alice (Isabelle Carré) qui se rend, sur les traces de son frère Nathan, au Japon, dans un village hors du temps, au pied des falaises. C’est là que Nathan avait retrouvé l’apaisement auprès de Daïsuke (Jun Kunimura). Et peu à peu, Alice se rapprochera elle aussi de ce sage.

Nathan est un jeune homme hypersensible doté d’un penchant pour l’autodestruction. Le film commence alors qu’il revient d’un voyage au Japon qui lui a redonné le goût de vivre et l’assurance nécessaire pour le faire pleinement. Sa sœur Alice, elle, est cantonnée dans une petite vie bien rangée, avec une situation en apparence enviable. Mais elle est pourtant éteinte. Bien que leur relation fraternelle fusionnelle crève l’écran, les deux personnages sont le jour et la nuit. Nathan est un feu brûlant alors qu’Alice est un lac gelé.

«Le personnage d’Alice est apathique, cadenassé dans une vie plate et morne. Elle a une solidité presque épeurante. Alors quand le personnage de Nathan arrive, avec son lourd bagage émotionnel, il dévaste tout sur son passage. Nathan, c’est comme une tornade», précise l’acteur qui a travaillé à deux reprises avec Xavier Dolan (J’ai tué ma mère et Les amours imaginaires).

Nathan, avec ses mots – et ses maux –, bouleverse et bouscule sa sœur, et ne laisse pas le spectateur insensible. Impossible de ne pas se remettre en question, de ne pas s’interroger sur son existence. Et si nous aussi, comme Alice, nous étions complètement éteints, aspirés par la routine et coincés dans les carcans d’une société trop bien pensante?

«Nathan en veut à la société qui l’entoure parce qu’il a l’impression que tout le monde fait semblant, par facilité, explique Niels Schneider. C’est un anti-bourgeois. Pour lui, la vie, ce n’est pas être dans le confort. Il faut qu’un courant passe, il lui faut éprouver des sensations fortes.»

On comprend donc que son décalage avec la société entraîne un mal de vivre latent qui l’amène à changer de cap et à faire ce voyage au Japon. Un pays où l’atmosphère semble l’avoir apaisé. Mais c’est surtout sa rencontre avec Daïsuke qui le change. «Nathan a trouvé une oreille auprès de ce vieil homme. Le côté naturel et proche de la vraie vie de Daïsuke est bouleversant. Sa manière d’habiter ses silences est remarquable», souligne respectueusement Niels Schneider.

«Je me suis nourri du livre pour jouer mon rôle, même si dans le film c’est un concentré. Dans le roman, Nathan est beaucoup plus présent et plus trash. On devine aussi qu’il est encore plus dangereux pour lui-même.» –Niels Schneider, à propos du personnage de Nathan dans le livre d’Olivier Adam, Le cœur régulier, qui a inspiré le film de Vanja d’Alacantra

Retrouver sa respiration
En voulant marcher sur les traces de son frère, Alice souhaite découvrir ce lieu qui l’a tant apaisé, rencontrer les gens qu’il a croisés sur sa route. En suivant l’errance de son frère, Alice plonge elle aussi dans un voyage initiatique où elle pourra de nouveau écouter son cœur. Le laisser reprendre son rythme naturel, son rythme régulier.

«Nathan est un messager, un passeur. Il n’a pas changé sa nature, mais il a rencontré quelqu’un qui correspondait à sa “respiration”. Alice, elle, fait un véritable voyage initiatique pour se retrouver, confie l’acteur. Il y a une phrase de Leonard Cohen qui me fait beaucoup penser au personnage d’Alice : “Il y a une faille dans toute chose, et c’est dans cette faille que passe la lumière.”»

Lent et presque dépourvu de dialogues, le film de Vanja d’Alcantara nous invite à retrouver le rythme régulier des battements du cœur. «Plus le film avance, plus il s’épure. À la fin, c’est comme si le langage passait par autre chose que la parole», conclut le jeune acteur. Dans une ambiance japonaise, avec pour décor des paysages à couper le souffle, l’atmosphère du film est propice à la méditation.

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Librement inspiré d’un fait réel

Tourné en grande partie au Japon, le film montre les paysages stupéfiants des îles Oki, en pleine mer du Japon. «Le tournage a eu lieu sur une petite île complètement perdue. Beaucoup de Japonais qui étaient là voyaient probablement pour la première fois des Occidentaux. Même le douanier ne connaissait pas cette île», raconte Niels Schneider.

À l’arrière-plan du film, il y a la falaise des suicidés, à Tōjinbō, un lieu bien réel et tristement connu pour attirer les âmes suicidaires. «Il y a quelque chose d’extrêmement impressionnant et de dramatique dans ces lieux. On dirait qu’ils sont gorgés de sang. Et puis ce vide, c’était très impressionnant», se rappelle l’acteur.

C’est là que vit Daïsuke (Jun Kunimura). Cet ancien policier, qui tente chaque nuit de sauver les suicidaires sur le point de se jeter dans le gouffre, est inspiré d’un personnage, lui aussi, bien réel. «C’est un homme fascinant. Vanja d’Alcantara, la réalisatrice, a eu l’idée de faire ce film après avoir lu un article sur cet homme dans Libération. Elle a ensuite lu le roman d’Olivier Adam», conclut Niels Schneider.

Le cœur régulier
Au cinéma Beaubien

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