Arts et spectacles

Osheaga: une journée tout en puissance qui conclut les Retrouvailles

Le trio montréalais Half Moon Run a conclu en beauté ces Retrouvailles d'Osheaga Photo: Patrick Beaudry/Evenko

Après la journée pluvieuse de samedi et la prestation de Jessie Reyez et d’autres, le festival Osheaga ouvrait ses portes pour une troisième et dernière séance marquée par une programmation très rock et en climax, la prestation sans faute d’Half Moon Run.

La fraîcheur de l’automne qui s’installe à Montréal n’a encore une fois pas démotivé les festivaliers qui se sont pressés à Jean-Drapeau pour ce nouveau jour de festivités estampillé Retrouvailles.

Dimanche, jour de repos, mais pas pour tout le monde. Signe du destin ou génie de la programmation, on aurait dit que tous les groupes qui ont défilé ce dimanche sur les scènes du festival s’étaient donné le mot, ne pas laisser une minute de répit aux festivaliers du jour. Et ce dès le premier concert. 

Une centaine de personnes étaient dispersées parmi les différents quais du site lorsque Les Shirley ont débarqué sur la scène avec leur rock garage. Le groupe féminin a vite donné le ton de ce qui attendait les festivaliers en manque de guitares saturées et de riffs endiablés. 

Valence, Tim Snow/evenko

C’était ensuite au tour de Valence de rentrer en jeu. Avec sa pop planante, et son saxophoniste hypnotisant, le projet de Vincent Dufour a su captiver un public encore bien éparse. 

«On est content d’être là. On s’attendait pas à ce que ça se passe » confie-t-il entre deux déhanchés et un trip sur Megadeth qui malheureusement «ne joue pas la même musique» qu’eux. 

«Vive la musique live, vive Osheaga»

La bonne surprise du jour venait d’une première, celle du nouveau projet de Dumas, Francis Mineau (Malajube) et Jonathan Dauphinais. À peine sortie, AXLAUSTADE et sa «grunge du futur» entièrement instrumental ont déjà fait forte impression. Référence à l’émeute de 1992 avec Metallica et Guns N’ Roses, si «Axel au stade» n’a pas eu droit à son soulèvement, le groupe a tout de même su chambouler les souvenirs d’une époque pas si lointaine, avec leurs clips diffusés en arrière, entre extraits que l’on dirait tout droit de sorti de VHS de Beethoven et trip retrogaming

AXLAUSTADE, Patrick Beaudry/Evenko

Un show que l’on a trouvé presque trop court, une quarantaine de minutes, tant la formule fonctionne parfaitement. On a notamment apprécié la complicité emmenée par les enfants qui enchaîne pas de breakdance et air guitar sur feu de joie

Pas de répit accordé, le show du trio à peine fini, sur la scène de la montagne The Damn Truth fait déjà monter les décibels comme pour signaler sa présence aux étourdis qui vagabondent sur le site. La formation montréalaise ressuscite le temps d’un set le «rock à papa» des années 70. 

Les tauliers de Stars ont également su ravir les fans de la première heure, ravi de constater que la complicité entre Torquil Campbell et Amy Millan était toujours intacte et prête à toucher directement le coeur des festivaliers comme sur Your Ex-Lover Is Dead.  

Allan Rayman, Patrick Beaudry/Evenko

Après un show énergique du duo Judy Talk qui a fait grosse sensation, les festivaliers ont attaqué le trio de tête du festival avec la bête de scène Allan Rayman, sorte de crooner en hoodie venu de Toronto qui a frappé fort avec un show tout en riffs énervés et solos langoureux. Planant. 

Si sa casquette affichait un chat au visage bien triste, celui du montréalais Geoffroy affichait un grand sourire alors qu’il occupait l’horaire compliqué du «pré Half Moon Run». Cela faisait 4 ans depuis son dernier Osheaga, et le musicien semblait planer encore sur l’euphorie du moment. 

Geoffroy, Tim Snow/Evenko

«Il y a 5 ans j’étais dans la foule à Trois-Rivières, je voyais Half Moon Run et puis je rêvais je me disais ‘’peut être un jour’’» clame-t-il. Rêve exaucé, l’artiste qui sort un nouvel album en janvier a su démarquer son show d’une «simple première partie» pour ceux qui n’étaient là que pour HMR. Un show maîtrisé dansant et tout en douceur ou paradoxalement, Geoffroy ne tient pas en place, s’allumant un petit joint sur Woke Up Late, descend dans la foule piquer le chapeau d’un festivalier, participe au rituel de taper comme un sourd sur des percussions. 

Les couleurs d’Half Moon Run

Si certains chanceux avaient pu les voir errer dans le festival dans l’après-midi, la nuit est déjà tombée depuis longtemps quand débarquent ceux qui se sont déplacés pour voir Half Moon Run. Et la formation montréalaise n’a fait pas les choses à moitié pour ce premier show à Osheaga depuis 2016.

Half Moon Run, Patrick Beaudry/Evenko

S’ils sont en terrain conquis, le quatuor devenu trio après le départ d’Issac Symonds n’a pas lésiné sur les effets visuels et les lumières pour illuminer la foule et lui en faire voir de toutes les couleurs au fil du set

Tantôt rouge pour les titres énergiques ou bleus et violet pour les chansons plus posées, Half Moon Run a pioché dans ses classiques de leur répertoire rock folk mais aussi dans sa plus récente production, l’EP Inwards & Onwards, sorti il y a tout juste quelques mois

Solos de guitares et d’harmonica, les trois compères assurent leur show et multiplient les moments de complicité. Réduit à trois, la sonorité Half Moon Run n’en demeure pas moins puissante, d’autant plus lorsqu’elle est appuyée par l’apport des violons sur quelques titres comme sur Unofferable, où les briquets et téléphones jaillissent bien vite hors de la foule. 

Le public décolle réellement et sans surprise sur le désormais mythique Call Me in the Afternoon, alors que les trois comparses donnent de leur personne pour remplacer le membre manquant. À peine le temps de redescendre que Conner Molander fait crier sa guitare en toute impunité pour une version toujours aussi langoureuse de Need it.

Half Moon Run, Patrick Beaudry/Evenko

«J’ai oublié ce que ça faisait de revenir sur une scène avec vous tous» lâche Devon Portielje, tout sourire. La communion tant recherchée durant ce week-end a une nouvelle fois frappé, lorsque le groupe a entonné en guise de premier rappel leur nouveau titre phare How Come My Body, tout en diffusant pour la seule et unique fois du concert, un clip vidéo, celui du morceau retraçant des moments de vie de ce groupe si particulier. 

Leur tube Full Circle est venu conclure en beauté ce moment et ces trois jours forts en émotions. Un week-end que l’on n’espère pas si inédit que ça où le public montréalais a su retrouver l’esprit d’un festival qui réchauffe les corps et les coeurs. 

Les festivaliers quittent peu à peu le site du Parc Jean-Drapeau, non pas sans un dernier regard vers les sept lettres d’OSHEAGA aux teintes orangées qui domine sur les hauteurs. Sur les panneaux, entre deux rappels des mesures sanitaires, on peut lire un rassurant «Quelle soirée ! À L’an prochain. Bon retour à la maison». Le rendez-vous est pris. 

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