Arts et spectacles

Retour de la pop-punk, entre nostalgie et nouveaux adeptes

De gauche à droite : Good Charlotte, Simple Plan et Avril Lavigne ont marqué le début des années 2000 avec leur pop-punk.
De gauche à droite : Good Charlotte, Simple Plan et Avril Lavigne ont marqué le début des années 2000 avec leur pop-punk. Photo: Montage Métro

«I’m just a kid and my life is a nightmare», chantait Simple Plan en 2002. Vingt ans plus tard, ce refrain accrocheur résonne toujours autant auprès des jeunes et moins jeunes alors que la pop-punk, genre musical associé au groupe québécois, a reconquis les mélomanes. 

Au début des années 2000, Simple Plan, Avril Lavigne, Sum 41, Good Charlotte et compagnie étaient ultra-populaires. On attendait avec impatience le passage de leurs clips au Top 5 anglo de MusiquePlus. Des hordes de fans en délire se déplaçaient à leurs concerts. Ils et elles étaient sur les plateaux des émissions télé les plus écoutées.  

«C’était spécial, ce sentiment de faire partie de quelque chose de plus gros que juste notre band, se souvient Chuck Comeau, batteur de Simple Plan. On appartenait à tout un mouvement auquel les gens s’identifiaient, pas seulement par la musique, mais aussi par les vêtements, par de multiples codes qui nous définissaient.» 

Après Green Day et The Offspring dans les années 1990, Simple Plan faisait partie de cette deuxième vague d’artistes pop-punks lancée par le groupe Blink-182.  

«On adorait cette musique. On voulait faire partie de cette scène», se remémore le batteur.  

La pop-punk de cette époque était caractérisée par une énergie contagieuse et fédératrice, des mélodies mémorables et des paroles très honnêtes, introspectives, auxquelles il était facile, pour un jeune, de s’identifier.  

Le pouvoir de l’authenticité 

Chuck Comeau estime que le genre a explosé en popularité grâce au contrepoids qu’il offrait à la pop de l’époque, marquée par les boys bands et les chanteuses comme Britney Spears ou Christina Aguilera, qui offraient un produit que le batteur trouvait trop léché, manufacturé, fake.  

«On écrivait nos propres chansons. On parlait de nos vies. Les gens pouvaient se reconnaître.» Une certaine proximité pouvait être établie entre l’artiste et les fans. 

Le batteur indique avoir reçu des milliers de témoignages de fans soulignant que la musique de Simple Plan avait été pour eux comme «une bouée de sauvetage». 

De la musique inspirante 

Ça a notamment été le cas de la chanteuse québécoise Sophia Bel, fan de pop-punk depuis la première heure. 

«Je me sentais rejetée à l’école, je faisais de l’anxiété sociale, j’étais timide, je manquais de confiance en moi, je ne me reconnaissais pas dans mon entourage. Alors quand j’écoutais les artistes comme Fall Out Boy, je me sentais interpellée, moins bizarre, je pouvais me reconnaître», témoigne-t-elle. 

Sophia a récemment sorti un album, Anxious Avoidant, dont la musique rappelle beaucoup celle de ses idoles de jeunesse. 

«En écrivant mon album, en termes de développement personnel, j’étais en train de soigner certaines blessures, j’étais dans l’acceptation de qui je suis, d’où je viens, pourquoi je suis comme je suis. Il fallait que je retrouve mes racines. Il était donc naturel de retourner à ce que j’écoutais quand j’étais plus jeune, à ce qui m’influençait quand j’ai appris à faire de la musique», explique-t-elle. 

Le son pop-punk s’est donc imposé naturellement.  

Le cycle de la mode 

Sans qu’elle l’ait fait exprès, sa démarche concordait avec le retour d’une mode. 

On dit que les cycles de tendances se répètent généralement tous les 20 ans. Il n’est donc pas si étonnant que le genre pop-punk du début des années 2000 connaisse une nouvelle effervescence aujourd’hui.  

Certains bands pop-punks reviennent sur le devant de la scène. Simple Plan sort d’ailleurs un nouvel album ce vendredi 6 mai intitulé Harder Than It Looks. Le groupe, tout comme plusieurs de ses pairs de l’époque, est présentement en tournée partout aux États-Unis. 

La musique de notre jeunesse 

Chuck Comeau de Simple Plan s’émeut de voir, en spectacle, des adultes en pleurs en train de chanter chaque mot de leurs premiers succès, qui datent d’une vingtaine d’années.  

«L’attachement à la musique de notre jeunesse est très bien documenté dans les études sur la musique, indique Martin Lussier, professeur au Département de communication sociale et publique de l’UQAM. Les gens restent accrochés.» 

Et ce n’est pas qu’avec la pop-punk. Le meilleur exemple: les baby-boomers qui restent fidèles aux Beatles et à Led Zeppelin. La jeunesse est une période de transition à laquelle on reste toujours attaché. 

«Les artistes de notre jeunesse sont importants puisque les goûts musicaux se forment à des moments significatifs du développement psychosocial, avec nos groupes d’amis, la découverte de notre identité, etc. Cela fait en sorte que plus tard, par nostalgie, par attachement pour ces styles musicaux, on continue de les consommer.» 

Et comme la nostalgie a tendance à émerger en temps de crise, certains genres musicaux d’une autre époque ont proliféré dans le contexte de pandémie, de crise écologique, et de guerre à l’international. La musique aide à aller mieux, surtout celle que l’on a aimée quand on était jeune, plaide Katharina Niemeyer, professeure à l’École des médias de l’UQAM, experte en nostalgie.  

«La nostalgie permet de s’éclipser du temps présent et de retrouver une situation de confort», explique-t-elle. 

Profiter du buzz 

La nostalgie, c’est aussi une stratégie de marketing. 

Lorsqu’elle voit des artistes comme Machine Gun Kelly, qui faisait auparavant du hip-hop et qui s’est maintenant tourné vers la pop-punk, la journaliste et fondatrice du label MusiqMatch, Chloé-Anne Touma, parle d’un artiste qui profite des tendances.  

«Les maisons de disques proposent aux artistes de se tourner vers les styles à la mode. La nostalgie fait partie des codes qu’on t’apprend dans les cours de marketing», indique-t-elle. 

«Il y a tout un business autour de la nostalgie. En témoignent tous les biopics d’artistes qui sortent à la tonne au cinéma», ajoute la professeure Katharina Niemeyer. 

Populaire chez les Z 

Il existe même des artistes encore plus jeunes que Sophia Bel et Machine Gun Kelly qui se tournent vers la pop-punk, des artistes même pas né.e.s ou qui étaient très jeunes au tournant des années 2000.  

Certaines des valeurs chères à la génération Z, comme l’ouverture à la vulnérabilité et aux questions de santé mentale trouvent écho dans la connexion aux émotions présente dans la pop-punk du début du siècle. 

De jeunes artistes comme Willow ou Olivia Rodrigo deviennent les nouveaux visages de cette musique populaire. Comme leurs prédécesseur.e.s, elles chantent leur mal-être par rapport à la société, leur crise d’adolescence, leurs problèmes de confiance en soi en se basant sur leurs expériences personnelles et les émotions qu’elles ressentent.  

D’ascendance afro et latino-américaine, elles n’ont cependant pas le même profil que celui, homogène, des musiciens des années 2000, majoritairement blancs, masculins et hétérosexuels.  

Le public de la scène pop-punk n’est donc pas composé uniquement de millénariaux.ales nostalgiques de leur adolescence. Les ados d’aujourd’hui s’y accrochent aussi. 

Pas plus tard que la semaine dernière, Chuck Comeau rencontrait un fan de 15 ans dont l’album préféré est le premier de Simple Plan, sorti en 2002.  

«On peut être nostalgique d’une époque que l’on n’a pas vécue, indique Mme Niemeyer. On a tendance à idéaliser le passé.» Eh oui, s’imaginer à Woodstock en 69 a fait rêver bien des millénariaux.ales, tout comme les Z d’aujourd’hui se branchent sur Simple Plan en convoitant ceinture à studs et eyeliner

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