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Hippie Hourrah: jeu de textures

Miles Dupire-Gagnon, Cédric Marinelli et Gabriel Lambert, le trio au fondement du groupe Hippie Hourrah Photo: Marc-Étienne Mongrain

Quoi de mieux qu’un atelier situé au-dessus du bar L’Escogriffe, dans Le Plateau-Mont-Royal, pour jaser d’Exposition individuelle, nouvel album du groupe indie-rock Hippie Hourrah? 

Difficile de ne pas parler de prime abord d’arts visuels avec le trio. Le parolier, Cédric Marinelli, aussi artiste peintre, a créé une peinture par pièce de l’album (processus ayant inspiré le titre de l’album), toutes exposées sur Instagram.   

Hurtubise en filigrane 

Le second album du band a de surcroît pour toile de fond l’œuvre du défunt peintre québécois Jacques Hurtubise.

L’esthétique abstraite de celui dont le tableau Onibaba, réalisé en 1972, orne la pochette du disque a résonné chez les trois gars d’Hippie Hourrah, que complètent le batteur Miles Dupire-Gagnon et le guitariste Gabriel Lambert, dont la musique a entre autres pour matières premières les sonorités psychédéliques des années 1970. 

« Son type d’art fonctionnait avec le genre de musique qu’on fait ou qu’on essaie de faire, explique Gabriel. On n’a pas nécessairement composé de la musique en regardant une toile, mais en général, on a plein d’atomes crochus esthétiques. » 

« Il y a quelque chose de psychédélique dans ce que fait Hurtubise, et ça ramène à notre musique », corrobore Miles.    

Et comment Hurtubise a-t-il investi l’imaginaire de Hippie Hourrah? Des toiles du peintre ornaient les murs de l’appartement d’un ami de Cédric, que celui-ci observait sans se douter que ledit ami et l’artiste étaient liés. « C’est qui dans la vingtaine qui a des toiles à des milliers de dollars sur ses murs? », s’esclaffe-t-il à l’évocation de ce souvenir. 

En feuilletant des livres sur le peintre, les gars ont senti poindre l’inspiration. Et la famille de l’artiste les a épaulés dans leur volonté de concocter un album-concept autour de son œuvre. « Ça n’a pas de bon sens, on serait fous de passer à côté alors que la famille est down! », s’était dit Cédric, qui précise que l’album n’est pas sur Jacques Hurtubise, ni un hommage. 

Processus complexe 

D’inspirants mots clés figurent dans le communiqué annonçant Exposition individuelle : couleurs, symétrie, synthétiseurs, paradis artificiels, explorations existentielles… Quelles ont donc été leurs explorations existentielles? 

Gabriel et Miles soulignent d’emblée le processus de création de l’album. « On s’est lancé dans quelque chose de… complexe », lance Miles, faisant rigoler ses complices. « Le processus s’est intensifié, renchérit Gabriel. On aurait même continué à travailler. » Mais dates butoirs obligent… 

L’une des plus grandes réussites de l’album réside dans les nombreuses textures et couleurs qui habillent les chansons, de l’avis de Miles.  

« Chaque pièce amène quelque chose de différent, mais les tounes se tiennent entre elles. On a mis les choses en place pour que ce soit écoutable… parce que ça pourrait être vraiment mauvais aussi! pouffe-t-il. Il y a tellement d’overdub [de couches sonores], ce qui ne rend pas la musique nécessairement meilleure. »  

« Et on avait encore plus de matériel que ce qui s’est retrouvé sur l’album, indique Gabriel. Des tounes avaient des finales qui ne sont pas là. C’est devenu assez gros. » 

« On a vraiment travaillé fort, mais j’avais ce feeling qu’avant même de composer les tounes du deuxième album, on savait plus où on s’en allait, fait observer Miles. On voulait se rapprocher d’un son plus live, plus improvisé. »   

C’est que le premier album d’Hippie Hourrah, homonyme à un point d’exclamation près, avait été conçu et enregistré plus ou moins sérieusement au cours de l’hiver prépandémique, relate le groupe au nom inspiré d’une chanson de Jacques Dutronc.  

Cédric, dont le band rock garage Les Marinellis était sur pause, s’est mis à jouer pour le fun avec Gabriel et Miles, attiré par l’inclination psych de leur formation Elephant Stone. 

« À la base, l’idée, c’était de faire tes tounes », dit Miles en s’adressant à Cédric. « Pis c’est devenu un band. J’avais le bras dans le plâtre, fait que j’avais full de temps », se souvient le batteur… qui a même enregistré des chansons à une main. « Je riais en faisant l’album! On s’est pas donné de lignes directrices, rien. On a fait ce qui nous tentait. » 

Ils ne caressaient donc pas de réelles ambitions au moment de sortir l’album, affirment-ils… s’attirant tout de même les faveurs de Simone Records, qui les a accueillis dans son giron. « C’est complètement débile, pareil! », laisse tomber Cédric.  

Gabriel Lambert, Cédric Marinelli et Miles Dupire-Gagnon, membres de Hippie Hourrah. Photo : Marc-Étienne Mongrain

Idées vagues 

Et qu’en est-il de ces questionnements existentiels du côté des textes, l’affaire de Cédric? 

« Je répondrais la même chose que Jacques répondait en entrevue lorsqu’il se faisait demander ce qu’il avait voulu peindre : “J’ai peint, à toi de me dire ce que tu vois.” » 

On y voit un écho à cette phrase de l’interlude Au centre du paysage, narré par un personnage de journaliste en proie à des soliloques (à qui Ralph Elawani, co-auteur des textes, prête sa voix) : « Croyez-vous que l’on doive confronter les idées vagues avec des images claires? » 

Les thèmes à la base ne sont pas exceptionnels, poursuit Cédric, « c’est même un peu banal »… « de l’existentialisme banal! », réplique Gabriel. 

Le chanteur se remémore une entrevue donnée en France à la sortie du premier opus d’Hippie Hourrah, qui coïncidait avec les débuts de l’invasion russe en Ukraine. La chanson La guerre référait-elle à la tragédie? lui a-t-on demandé. « Gros malaise », raconte Cédric, la toune étant simplement inspirée d’un « vieux break-up », sans prétention de dénoncer les affres de la guerre dans le monde.  

« Au bout du compte, c’est cool que les gens s’approprient la chanson et qu’ils s’imaginent ce qu’ils ont envie de s’imaginer. Je pense que la musique, comme l’art visuel, c’est là pour ça », conclut le parolier. 

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