Débats

La socialisation précoce, une nécessité

Photo: 123RF
Irène Krymko-Bleton - Collaboration spéciale

Depuis quelques décennies, la société québécoise a vécu d’importants bouleversements. Les familles vivent de plus en plus isolées les unes des autres et c’est particulièrement vrai pour les familles avec des enfants très jeunes. Pourtant, les premiers mois de la vie du bébé et les quelques années qui suivent constituent une période qui amène son lot de défis pour bien des parents. 

Certes, les parents peuvent se prévaloir au Québec d’un an de congé parental, ce qui est une excellente mesure prise pour assurer le bien-être de l’enfant. Mais rester à la maison avec l’enfant comme seul interlocuteur, est-ce vraiment la situation idéale autant pour le bébé que pour sa mère ? Une situation qui a été d’autant plus exacerbée en période de pandémie. 

La dépression périnatale, le plus souvent non identifiée et ignorée par les mères elles-mêmes, touche entre 15 et 20 % de femmes. Les statistiques canadiennes indiquent que les séparations de couples arrivent le plus souvent pendant les deux premières années de l’enfant. La fréquentation de la garderie n’est pas alors une panacée. 

Les enfants sont-ils d’ailleurs préparés à la séparation avec leur mère lors de la fréquentation d’une garderie ? Le face-à-face du congé parental peut-il bien les préparer à interagir avec les autres enfants ? À s’adapter à une vie sociale qui a ses règles de conduite, souvent fort différentes de celles de la maison ? Est-il vraiment normal qu’un enfant pleure pendant plusieurs jours après une intégration à la garderie ? 

La « socialisation » implique que l’enfant soit attaché à ses parents de façon sécure. Le meilleur signe de cette sécurité : il peut s’en séparer sans angoisse pour la période de temps adaptée à son âge. Il est aussi capable d’avoir du plaisir en compagnie d’autres enfants et, si nécessaire, il sait se défendre. L’enfant doit aussi comprendre qu’il existe des règles qu’il lui faudra suivre, souvent différentes d’un endroit à l’autre. 

Pour fréquenter sans angoisse la garderie ou l’école, l’enfant, mais aussi ses parents, doivent franchir des étapes nécessaires : de la première séparation de corps entre la mère et l’enfant à sa naissance jusqu’à la séparation que la vie en société impose. Et enfant et parents doivent y arriver sans avoir l’impression que leur lien est mis en danger. 

Il est donc nécessaire d’offrir aux bébés et aux enfants très jeunes des lieux de socialisation précoce où, en présence de leur proches, ils peuvent se préparer à la vie sociale. Cette préparation est essentielle pour que l’enfant puisse continuer de se montrer curieux du monde qui l’entoure, et qu’il soit désireux d’apprendre. 

Dans des tels lieux d’accueil conviviaux les parents, s’ils ont de la difficulté à comprendre ce que leur bébé manifeste, sont aidés et soutenus. 

La socialisation précoce devrait être une des priorités de notre société puisqu’elle permet d’éviter les problèmes qui pourraient se manifester plus tard. Cela nous concerne tous car, après tout, ces tout-petits seront les adultes de demain. 

Irène Krymko-Bleton, Présidente du conseil d’administration, La Maison buissonnière

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