Trois Chinois en science politique
Yu Feng était préparé. Il s’attendait à un barrage de questions sur le Tibet. Mais, rien. L’étudiant chinois n’allait certainement pas s’en plaindre : il avait tellement à dire, au cours de cet exposé livré à la mi-avril devant 50 étudiants en science politique.
«Il y a beaucoup d’incompréhension sur notre idéologie. Nous sommes communistes, mais nous ne sommes pas des monstres. Nous aimons les sports, la musique, nos amis. Comme vous.»
Et puis, de toute manière, a ajouté son collègue Yang Danhua, «dans la Chine
d’aujourd’hui, l’idéologie politique n’est plus très importante. L’idéologie dominante, c’est l’économie.»
Trois Chinois
Yang Danhua, Lu Haiyan et Yu Feng croient que leurs recherches ici pourront être utiles à la Chine. Arrivés à Montréal en décembre pour poursuivre leurs études de doctorat, les trois étudiants de l’Université de Wuhan ont bénéficié d’une bourse de 15?000 $ de leur gouvernement, qui a mis sur pied l’an dernier un important programme de soutien visant à encourager les études et les stages à l’étranger. L’Université de Wuhan est depuis longtemps une des plus libérales de Chine.
«Même dans les années 80, la liberté y était une valeur», souligne Lu Haiyan.
Les trois étudiants partagent actuellement un appartement à Verdun. D’ailleurs, tous trois sont impressionnés par le caractère multiculturel de Montréal et l’apparente harmonie dans laquelle vivent les différentes communautés.
Les étudiants apprécient notamment de pouvoir s’asseoir à la bibliothèque. «Chaque fois que j’y vais, il y a de la place. Chez nous, les bibliothèques sont toujours pleines à craquer», indique Lu Haiyan.
«Il est possible que les étudiants chinois subissent une pression plus grande», suggère Yang Danhua. Effectivement, si le gouvernement chinois a construit plusieurs universités au cours des dernières années, il reste que le nombre de Chinois désireux de faire des études post-secondaires dépasse largement les capacités d’accueil des établissements d’enseignement supérieur. Et après les études, s’il est relativement aisé de trouver un travail, rien ne garantit que ce sera une bonne place, dit Lu Haiyan. «Il n’est pas difficile d’obtenir un emploi après l’université, mais un bon travail, c’est plus difficile.» À moins d’aller étudier à l’étranger…
Les avantages de partir
Selon les trois étudiants, le chemin vers l’obtention d’un poste de professeur en Chine passe par des études à l’extérieur du pays, «de préférence dans une université américaine prestigieuse».
Dans le milieu universitaire chinois, ceux qui s’exilent ainsi temporairement sont qualifiés de tortues. En effet, dans la langue chinoise, la prononciation des mots «retour», «océan» et «tortue» se ressemble. Le phénomène entourant désormais la mobilité des étudiants est d’une telle ampleur qu’il a un nom. Nos trois étudiants qui passeront un an ici sont-ils des tortues? «De petites tortues.»
N’empêche. Ils parlent tous trois un anglais plus que convenable et, bien qu’ils aient livré leurs exposés en anglais, ils se sont quelque peu familiarisés avec le français.
Mais, ce qui revient le plus souvent dans leur conversation, c’est leur espoir que les recherches qu’ils entreprennent à Montréal pourront profiter à leur pays d’une manière ou d’une autre.