À l'école de la vie
À l’automne 2007, Flavie Ressiot a travaillé à des projets de sensibilisation environnementale, a peaufiné son anglais, s’est frottée à la réalité tibétaine du nord de l’Inde et a accompagné des éboueurs dans leur travail, et ce, sans jamais prendre de retard dans son parcours scolaire.
C’est qu’une immersion culturelle faisait partie intégrante du programme collégial de la Longueuilloise de 19 ans, inscrite en sciences humaines, profil international au cégep Marie-Victorin, un programme offert en collaboration avec l’organisme Jeunesse Canada Monde.
À leur troisième session, les étudiants s’envolent en compagnie d’un superviseur vers un pays étranger – les dernières cohortes avaient le choix entre l’Inde et l’Équateur – pour acquérir des connaissances concrètes étroitement liées à leur domaine d’étude. «Ce n’est pas un voyage, c’est un stage», spécifie celle qui a vécu trois mois dans l’État indien de l’Himachal Pradesh.
À côté de leur appareil photo, les 30 étudiants environ qui participent annuellement à ce projet ajoutent un cartable à leur sac de voyage. Cet élément indispensable à leur formation académique contient les six cours prévus à leur cursus scolaire. Ce gros cahier devient, le temps d’une session, leur professeur et leur environnement scolaire.
«C’est un apprentissage par observation, explique une des deux responsables de ce programme de sciences humaines, Marie-Élaine Lambert. Les étudiants travaillent en fonction de leurs interactions avec la communauté d’accueil.» Par exemple, pour son cours de philosophie, Flavie Ressiot a discuté avec son entourage de la conception tibétaine de l’être humain. En géographie, elle a découvert son nouvel environnement en étudiant ses particularités sur le terrain. «Cette session permet à l’étudiant de mettre en application ce qu’il a appris durant sa première année au cégep, tout en s’ouvrant à de nouveaux horizons», explique Marie-Élaine Lambert, elle-même professeure de géographie.
Les trois piliers de l’apprentissage
Au cours de cette immersion culturelle, la vie sociale des étudiants se décline en trois axes.
Loin d’eux la vie des grands hôtels et des expatriés : ces jeunes à l’aube de la vie adulte doivent s’intégrer à leur communauté en vivant dans une famille locale – qui n’offre parfois qu’un minimum de commodités – et en effectuant un travail bénévole. «Ces emplois sont hyperdiversifiés, raconte Marie-Élaine Lambert. Ils peuvent être autant manuels qu’intellectuels.» La preuve : Flavie Ressiot a participé à un projet de sensibilisation environnementale en région rurale et s’est transformée… en éboueuse à Dharamsala!
La quinzaine d’étudiants que compte chaque groupe doit aussi se réunir quelques fois par semaine pour participer à des activités de Jeunesse Canada Monde. L’objectif de ces rencontres est de découvrir des facettes précises de la communauté d’accueil, comme son histoire et ses particularités religieuses.
Et, bien sûr, les participants doivent s’assurer qu’ils sont à jour dans leurs apprentissages scolaires. Car bien qu’ils soient loin des bancs d’école, la réalité scolaire les rattrapera bien vite au Québec, une fois leurs travaux – souvent effectués en solo à l’autre bout du monde – corrigés.
Mais au-delà des apprentissages académiques, c’est souvent au point de vue personnel que l’expérience laisse ses traces les plus profondes. Sur une note philosophique, Flavie Ressiot affirme avoir appris à «se calmer un peu, à ne plus faire et à être.» Mais peu importe la nature de leur introspection, «les étudiants reviennent souvent transformés», remarque Marie-Hélène Lambert.