Réussir en gérant ses angoisses
«J’ai beaucoup d’énergie. C’est épuisant pour les autres», avoue Élisabeth Deschênes. Après trois ans à travailler comme directrice marketing chez Provigo, elle a fondé sa propre agence marketing en 1988. À 28 ans.
«J’avais l’intention de faire les choses autrement, d’aller ailleurs. J’ai commencé toute seule. Comme une folle! Mais c’était une belle folie que je ne regrette pas, 20 ans plus tard.»
Tout avait pourtant commencé par un baccalauréat en travail social. «Le lien entre ces deux professions, c’est que j’aime les gens, j’aime l’humain. J’aime travailler avec les clients pour trouver l’âme de leur entreprise. Ça prend de l’humilité pour faire ce travail. C’est un métier où on doit être à l’écoute pour apprendre à connaître ce que sont les autres, et non ce qu’on voudrait qu’ils soient. C’est comme dans une relation de couple!»
Gérer l’angoisse
Femme d’action, elle a appris à vivre dans une insécurité constante, car en affaires, rien n’est acquis. «C’est dans le « faire » qu’on gère les angoisses.» Elle reconnaît que c’est peut-être l’angoisse qui l’a poussée à se mettre au défi en créant cette agence, et qui continue d’être son moteur pour avancer. Comme les artistes et comme un peu tout le monde, croit-elle.
«On parle souvent de l’angoisse de la création, mais au-delà de ça, il y a l’angoisse de la vie tout court et on la gère comme on peut. En peignant une toile, en s’occupant de ses huit enfants, en démarrant une business… En même temps, moi, j’ai une foi inébranlable en la vie. Je ne sais pas d’où ça me vient.»
Femmes en affaires
Encore trop peu de femmes, selon elle, ont des postes de direction comme le sien. «C’est encore un gros boys’club.» Elle admet que l’investissement nécessaire y est peut-être pour quelque chose. Être en business demande beaucoup d’heures de travail et, forcément, la vie personnelle écope toujours un peu.
«Je travaille beaucoup. Je suis un cheval laboureur. La réussite n’arrive pas par magie. J’ai une famille, mais je n’ai pas d’enfants. J’admire énormément les femmes d’affaires qui ont des enfants. Mais c’est sûr que c’est de la négociation quotidienne avec leur conjoint.»
Et les femmes auraient un autre handicap. «Nous avons peur de faire de l’argent. Moi, la première.»
Pourtant, elles ont une vision différente des choses qui peut s’avérer positive dans une entreprise, estime Élisabeth. «Nous sommes des êtres de collectivité, nous, les femmes. On gère pour le bien-être de la collectivité. De la famille. D’un groupe. D’une organisation. De la société.»
Se mettre de l’avant
Sa résolution pour la prochaine année : être moins humble, afin que Zoum Armada soit reconnue à sa pleine valeur. «Je ne me pète pas les bretelles sur la place publique. Tu sais, le syndrome de l’imposteur… comme pour bien des femmes, chez moi il est très grand. Mais nous faisons des choses extraordinaires et notre succès est mérité. On a le droit de se mettre de l’avant tout en gardant les pieds sur terre.»
Zoum Armada emploie maintenant 45 employés. L’entreprise se spécialise dans l’architecture de marque et a travaillé avec plusieurs clients aussi connus qu’Archambault, Air France et Réno Dépôt.