L'aérospatiale: un des «poumons économiques» de Montréal
Sept ans après les événements du 11 septembre 2001, l’industrie aérospatiale semble être redevenue un des poumons économiques de la grande région métropolitaine. C’est du moins ce qu’affirme Serge Brasset, directeur général du Collège Édouard-Montpetit et de l’École nationale d’aérotechnique. «Sans cette industrie, Montréal aurait beaucoup plus souffert du ralentissement économique des dernières années. C’est un secteur qui lui a insufflé du dynamisme.»
Cette affirmation est appuyée par Alain Lacas, président d’Aerojobs.ca, un site de recherche d’emploi pour les travailleurs du secteur de l’aérospatiale. «Le Québec représente 60 % de l’industrie canadienne de l’aérospatiale. Il compte environ 260 entreprises reliées à ce secteur qui emploient près de 43 000 personnes. Selon les projections gouvernementales, la croissance devrait continuer de façon soutenue pendant les prochaines années.»
La série C comme moteur
Il faut dire que l’annonce relative à la série C de Bombardier a de quoi rendre optimistes les plus pessimistes. «C’est sûr qu’on retrouve un peu l’enthousiasme qu’il y avait dans les années 1997-98, quand Bombardier a lancé le Regional Jet, ajoute M. Lacas. Mais il faut savoir qu’à part le ralentissement de 2001, que je compare à une parenthèse, ce secteur ne cesse de croître depuis deux décennies.» Il rappelle aussi que Bell Helicopter, Pratt & Whitney et Rolls-Royce ont toujours été des employeurs dynamiques.
S’il demeure optimiste au sujet de la santé économique de l’industrie, Alain Lacas, qui a déjà enseigné à l’École des métiers de l’aérospatiale de Montréal, l’est également en ce qui concerne les perspectives d’emploi. Un optimisme d’ailleurs partagé par Serge Brasset : «L’industrie a besoin de beaucoup de main-d’Å“uvre. Il n’est pas rare que nos étudiants se trouvent un boulot avant la fin de leur stage. Il va falloir trouver plus d’étudiants.»
Ce constat enthousiaste ne signifie pas pour autant qu’une pénurie de main-d’Å“uvre soit à craindre pour les prochaines années. «C’est vrai qu’avec des annonces comme celle de Bombardier, l’industrie va avoir besoin de travailleurs, notamment dans la finition et l’entretien des appareils», soutient Alain Lacas, une demande sera graduelle. «Bombardier n’aura pas besoin demain de travailleurs pour la finition des appareils de la série C.»
Stratégie à long terme
«Ça va se faire graduellement. Ce qui va permettre l’élaboration de nouvelles stratégies de formation, comme l’alternance travail-études», continue M. Lacas.
L’alternance travail-études, qui permet de fournir rapidement de la main-d’Å“uvre aux entreprises, tout en donnant aux étudiants la chance de compléter leur diplôme, devrait donc faire partie d’un nouvel arsenal qui bouleversera au cours des prochaines années le paysage de la formation en aéronautique.
«Nous sommes en train d’élaborer avec Emploi-Québec une formule d’étude à temps partiel et des attestations d’études collégiales (une année de cours plus un stage) qui vont nous permettre d’offrir la formation aux adultes», confie Serge Brasset.
Ces initiatives devraient s’avérer gagnantes et permettre au Québec de garder son leadership. «Elles le sont. Pour les AEC, nous avons déjà une liste d’attente, et elles ne sont pas encore disponibles», conclut le directeur-général de l’ENA.
L’indispensable mécano
Industrie. La récente annonce de Bombardier concernant la série C a été bien accueillie dans les institutions d’enseignement en aérotechniques. L’assemblage dans la région métropolitaine de ces avions ouvre des perspectives intéressantes.
Un programme comme Maintenance d’aéronefs devrait par conséquent connaître une grande popularité au cours des prochaines années.
«C’est déjà le cas», lance Serge Brasset, directeur général de l’École nationale d’aérotechnique (ENA), affiliée au cégep Édouard-Montpetit. «Nous avons eu un ralentissement après septembre 2001, mais les inscriptions sont à la hausse, et nous espérons accueillir bientôt 300 étudiants par année.»
Des défis
Il faut dire que la formation offre des défis aux étudiants passionnés de mécanique. «C’est une alliance intéressante entre la mécanique et l’intelligence, explique Jocelyn Daniel, étudiant en troisième année qui a participé au programme d’alternance travail-études, joint entre deux cours. Nous devons découvrir ce qui cloche dans les aéronefs et y remédier. Comparativement à la construction aéronautique, la maintenance d’aéronefs est manuelle. Nous travaillons directement sur l’aéronef et non pas à partir d’un ordinateur situé dans un bureau.»
Et avec ses 23 aéronefs, dont une dizaine d’hélicoptères, l’ENA est bien équipée pour permettre aux étudiants de s’initier aux différents types d’appareils.
«Bien sûr, nous n’avons pas tous les modèles, mais un moteur, c’est un moteur. L’expertise qu’ils vont développer va leur permettre de travailler partout. Ce n’est pas pour rien que plusieurs de nos stagiaires se trouvent un emploi avant la fin de leurs études», conclut M. Brasset.
Un étudiant en maintenance d’aéronefs peut, après ses études, devenir technicien
en maintenance d’aéronefs, inspecteur en entretien d’aéronefs, mécanicien d’accessoires d’aéronefs, vérificateur de moteurs d’avions ou technicien au banc d’essai.