Formation et emplois

Redonner ses lettres de noblesse à la médecine familiale

Le Québec connaît, depuis une dizaine d’années, une pénurie de médecins de famille. Selon plusieurs acteurs du milieu, le monde médical aura besoin d’un sérieux coup de barre pour redresser la situation.

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) estime qu’il manque, au bas mot, 780 médecins de famille dans la province. Combler ce manque pourrait prendre des années, puisque la médecine familiale est loin d’être la spécialité la plus prisée par les étudiants.

«Une partie du problème vient du fait que la médecine familiale a été dénigrée, explique le président de la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ), Martin Bernier. Il faut lui redonner ses lettres de noblesse et trouver un moyen de la rendre attirante.»

Plan d’action
Poursuivant le même objectif que la FMRQ, la Fédération des médecins omnipraticiens a demandé, en octobre, la création d’une politique nationale sur la médecine familiale. Basée sur trois axes, cette politique s’attarderait à la formation, à l’organisation des soins et à la rémunération.

«Malgré les efforts faits sur le terrain, les médecins disent que la pratique de la médecine familiale est de plus en plus difficile et lourde, indique Louis Godin, président de la FMOQ. Les patients ne restent plus à l’hôpital très longtemps, et les médecins de famille se retrouvent souvent avec des cas lourds à traiter.»

À titre d’incitatif, la Fédération des médecins omnipraticiens recommande d’améliorer la rémunération des médecins de famille afin qu’elle reflète ces cas. La FMOQ propose également de jumeler chaque médecin de famille à une infirmière afin de faciliter la prise en charge des patients.

Enfin, la Fédération considère qu’une exposition plus fréquente des étudiants à la médecine familiale pourrait en inciter davantage à opter pour ce type de pratique. Pour l’heure, environ 30 % la choisissent. Afin de combler les besoins du réseau de santé, ce taux devrait passer à près de 50 %, un objectif pour le moins ambitieux, selon le Dr Bernier.

«L’atteinte du 50 % est un vÅ“u pieux, a déclaré le président de la FMRQ. On ne peut pas forcer les gens à faire de la médecine familiale. On ne peut pas non plus limiter le nombre d’entrées dans les spécialités pour essayer de pousser les étudiants vers la médecine familiale parce que s’ils ne veulent pas en faire, on va simplement les chasser.»

Demandes exigeantes
Les règles québécoises qui régissent le travail des médecins de famille n’ont rien pour encourager les étudiants à se dédier aux soins de première ligne. «Les médecins de famille doivent passer de 10 à 12 heures par semaine dans des urgences, des CLSC ou des Centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD), a précisé Joyce Pickering, vice-doyenne aux études médicales de l’université McGill. Cette contrainte fait en sorte que les médecins ont moins de temps à consacrer à leur pratique. Elle fait aussi en sorte qu’il est très difficile pour les médecins qui voudraient travailler à temps partiel, les femmes avec des enfants par exemple, de le faire.»

Conscient des problèmes à régler, le ministère de la Santé a annoncé, le 4 mars, la tenue d’une table de concertation sur l’accès aux médecins de famille et aux services de première ligne. Une quinzaine de regroupements d’intervenants du milieu médical participeront aux réunions, prévues trois fois par année, et chercheront à trouver des solutions à la pénurie de médecins de famille que connaît le Québec. La première réunion doit avoir lieu le 17 avril.

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