Formation et emplois

Quand l'échec scolaire n'existe pas

Pas question de parler d’échec à la polyvalente Monseigneur Richard. Tout est une question d’orientation ou de réorientation. La Formation préparatoire au travail a été mise en place pour ces jeunes qui ne sont pas faits pour les bouquins, mais plus pour ce qui est manuel.

Bien souvent, les jeunes en échec scolaire sont sans cesse en retenue, ont des troubles du comportement et sont considérés comme irrécupérables par le système éducatif. Et pourtant, il ne s’agit souvent que d’une question d’orientation pour redonner à ces élèves le goût d’apprendre et de s’investir.

C’est en tout cas le défi que s’est donné il y a quelques années la polyvalente Monseigneur Richard de Verdun et deux professeurs en adaptation, Mathieu Saulnier et Johanne Mina, avec la Formation préparatoire au travail (FPT). «Pas question de parler d’échec scolaire, il y a des jeunes qui sont faits pour les bouquins et d’autres pour les activités manuelles», reconnaît Johanne Mina.

Et il semble que ce soit une réussite au vu de la quinzaine de jeunes inscrits chaque année au programme qui redécouvrent l’envie de s’investir pleinement dans les différents projets mis en place dans cette classe. Ce programme, qui a pour mission de familiariser ces jeunes, âgés de 15 à 18 ans, à différents métiers, comme la menuiserie, la cuisine, l’entretien, ou encore le métier de carreleur, leur délivrera en fin de cursus une certification qui atteste d’une expérience de travail. «En 3 ans, ils cumulent ainsi pas moins de 900 heures de travail, soit 300 heures de travail en stage en deuxième année et 600 heures en troisième année», précise Mathieu Saulnier, enseignant en adaptation scolaire et professeur d’éducation physique.

 Sans ce programme, beaucoup auraient quitté les bancs d’école; au lieu de ça, les filles et les garçons de cette classe s’accrochent au wagon de l’apprentissage. Des élèves qui, dans une classe «traditionnelle», auraient été seuls et isolés. Même si, au début, certains sont réticents, au fil de l’année, dans la FPT, il se crée une complicité et une solidarité. «Leur valeur ajoutée, ce n’est pas leur diplôme, mais leur savoir-faire et leur expérience», ajoute Johanne Mina.

C’est également grâce aux différents projets qui se font tout au long de l’année que ces jeunes trouvent la motivation et le goût d’apprendre. «On fonctionne par projet dans la classe FTP, parce qu’il n’y a pas d’autre façon de fonctionner, souligne l’enseignante. Ça ne donne rien d’enseigner la grammaire ou l’algèbre comme dans un cursus normal. Ce n’est pas de ça dont ils ont besoin.»

C’est ainsi que la petite famille, comme s’amuse à l’appeler Johanne Mina, passe la moitié de son temps dans l’école usine et l’autre moitié à faire de l’académique, mais toujours en rapport au marché du travail. L’an passé à la même période, l’école a passé une commande à la classe de FTP : fabriquer une douzaine de bancs. «On a associé les matières académiques à ce projet: calculer l’aire d’un banc, mettre en pratique la théorie. On a vu les techniques pour casser et coller de la céramique», souligne M. Saulnier. En effet, tout ce qui est au programme de la FTP est associé à différents projets comme celui-là.

«C’est pour eux valorisant de voir leurs bancs en plein milieu du hall d’entrée et utilisés par tous les élèves de l’école. Ils sont fiers de ce qu’ils font», poursuit M. Saulnier. Une bonne façon de changer l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. «Je ne serai pas surpris qu’un jour l’un d’entre eux monte sa petite entreprise», confie Mathieu Saulnier. Il y en a beaucoup ici qui ont une valeur entrepreneuriale, qui connaissent les enjeux et qui sont minutieux. C’est d’ailleurs déjà arrivé!»

Aller jusqu’au bout de ses idées

En début d’année dernière, deux enseignants, Mathieu Saulnier et Johanne Mina, et leur petite classe se sont rendus dans leur école usine. «Il y avait plein d’objets prêts à être jetés, car l’école n’en avait pas trouvé l’utilité. Et Michael, un des élèves, me lance : «Mais Madame, ça n’a pas d’allure, on va pas jeter tout ça!» Et c’est de là que tout est parti! La petite classe s’est réunie pour faire un brainstorming. «Les plus anciens ont alors eu l’idée de restaurer les chaises en bois. Ils sont les investigateurs de ce projet, ce sont leurs idées et leurs méthodes de travail qu’on a appliquées.

Et c’est à ce moment que je leur ai parlé du concours entrepreneurial lancé par le gouver­nement chaque année.» La FTP a gagné le concours régional et a été finaliste. «Ils sont allés récupérer, en mai dernier, leur prix d’une valeur de 500 $ au Jardin botanique. Ce qui nous a permis d’acheter une autre sableuse et d’autres matériaux.» Grâce à ce concours, ils ont appris le travail en équipe et la persé­vérance.

Articles récents du même sujet