Sport amateur: du podium à l'université
«Ça demande une bonne planification et de l’organisation. D’autant plus qu’un athlète comme moi dort 12 heures par jour», explique le fondeur Alex Harvey, 22 ans, sacré champion du monde au sprint par équipe avec Devon Kershaw, en mars dernier.
La conciliation sport-études n’a rien de simple. À preuve, nombre d’athlètes choisissent de repousser leurs études jusqu’après leur carrière sportive.
«Pour ma part, ce n’était pas une option envisageable. La carrière d’un fondeur peut durer 10, 15 ans. Après tout ce temps, j’imagine difficilement retourner aux études et reprendre une routine académique», explique Harvey, qui étudie le droit à l’Université Laval.
Sa famille a certainement influencé sa décision de mener de front une carrière sportive et des études. «Mes parents valorisent les études. L’expérience de mon père m’a aussi fait comprendre l’importance de préparer son « après-carrière »», dit-il. En effet, après avoir atteint les sommets en ski de fond et en cyclisme, Pierre Harvey, le père d’Alex, a entrepris une carrière en génie mécanique.
«Ce n’est pas toujours facile de concilier les deux, d’ouvrir ses livres ou de relire ses notes entre deux entraînements, admet Harvey. Mais le fait d’étudier me donne l’impression de garder une vie normale. Ça me permet de parler d’autre chose que de sport et de rester équilibré.»
Contrairement à Alex Harvey, la conciliation sport-études a demandé certains sacrifices à la nageuse synchronisée Marie-Pier Boudreau-Gagnon. À 28 ans, la capitaine de l’équipe nationale, qui participera à ses troisièmes Jeux olympiques à Londres, complète un baccalauréat en administration à l’UQAM.
«J’ai toujours voulu faire des études en pharmacie, mais je n’ai pas pu m’inscrire au programme, puisque je n’étais pas disponible à temps plein. Je commencerai donc la formation après ma carrière sportive, raconte l’athlète de Rivière-du-Loup. Ça ne me dérange pas. J’aime étudier. En tant qu’athlète, je suis habituée à faire des sacrifices. Mes études en administration me seront très utiles si un jour j’ai ma propre pharmacie. Et quatre autres années d’études, c’est court pour avoir la chance de faire quelque chose que j’aime pour le reste de ma vie.»
Marie-Pier Boudreau-Gagnon, qui a quitté sa famille à 13 ans pour profiter du programme sport-arts-études de l’école Cardinal-Roy à Québec, dit avoir eu beaucoup de soutien tout au long de ses études.
«J’ai eu la chance d’avoir des professeurs conciliants qui m’accordaient des délais supplémentaires pour la remise de travaux ou qui me permettaient de reprendre des examens lorsque je devais m’absenter pour les compétitions. Ça m’a beaucoup aidée dans ma réussite scolaire.»
Chercheuse et lutteuse
Martine Dugrenier, triple championne du monde en lutte olympique, est certainement l’un des plus beaux espoirs de médaille canadiens pour les Jeux de Londres en 2012. Et il n’y a pas que son palmarès sportif qui impressionne. Elle détient un premier baccalauréat en thérapie du sport, un deuxième en éducation physique et un diplôme en administration du sport.
Présentement, elle complète une maîtrise en éducation à l’Université de Montréal. Le sujet de son projet de maîtrise? La persévérance scolaire des athlètes de haut niveau au Canada.
«L’alliance du sport et des études a toujours été naturelle pour moi. Mes entraîneurs m’ont aussi beaucoup encouragée à poursuivre mes études. Maintenant, je réalise à quel point je suis contente de l’avoir fait, raconte Dugrenier. En suivant des cours quand on le peut, c’est surprenant la vitesse à laquelle ils s’accumulent et se transforment en diplômes.»
Dugrenier reconnaît toutefois que, par moments, la vie d’athlète s’allie mal à celle d’étudiant. «Ce n’est pas évident en compétition. Souvent, j’ouvre mes livres dans l’avion et je n’y retouche plus par la suite. Je veux bien me reposer avant mes combats et, après, je suis trop fatiguée. Je dois donc mettre les bouchées doubles au retour.»
Maintenant que l’heure de la retraite de la compétition approche pour Martine Dugrenier, elle ne manque pas de possibilités pour sa deuxième carrière. «J’aimerais enseigner l’éducation physique ou faire un doctorat pour pousser davantage mes recherches.»