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Au Canada par un coup du destin: «Je n’irais nulle part ailleurs!»

Photo: Yves Provencher/Métro

C’est une enfant de la guerre. Après avoir traversé des années de tumulte au Liban, son pays d’origine, c’est un curieux coup du destin qui la mènera au Canada où elle coule aujourd’hui des jours paisibles. Rencontre avec Zeinab Slim, spécialiste en perception chez Deloitte.

«Je pense que j’ai eu beaucoup de chance de m’en être sortie indemne, croit-elle. Après ce que j’ai vécu au Liban, tout ce qui m’arrive aujourd’hui c’est du piece of cake.»

Elle avait 6 ans lorsque les combats ont commencé dans les rues de Beyrouth. C’était au début des années 1970. «Au fil des ans, entre les bombardements et les affrontements civils, je ne savais même plus qui était contre qui, se souvient-elle. Souvent la maison tremblait. Parfois nous devions nous réfugier tous les jours au bunker. Mais l’une des grandes capacités de l’être humain est celle d’oublier. C’est ce qui nous donnait le courage de sortir à nouveau le lendemain.»

Dans ce climat d’austérité, les guerres politiques se jouaient aussi à l’université où il fallait tirer les bonnes ficelles pour accéder à certains programmes. Élève douée, Zeinab voulait étudier les sciences appliquées. Finalement, elle devra se diriger vers la littérature anglaise. Un choix bénéfique qui lui ouvrira les portes d’une des plus grandes maisons d’édition du Moyen-Orient, Dar el Fikr. «J’étais gérante du bureau du président et j’adorais mon travail. Mes collègues étaient pour moi une deuxième famille.»

C’est pour aider l’un d’entre eux que Zeinab s’est un jour retrouvée dans un bureau d’avocats à s’enquérir des modalités pour immigrer au Canada. «C’était le rêve du fils d’un collègue. Je l’ai accompagné au bureau de recrutement. Il n’avait que 17 ans et ne répondait malheureusement pas aux critères, relate-t-elle. À ma grande surprise, on m’a aussi questionnée et fortement incitée à tenter ma chance. J’ai raconté ça à mon mari en riant. Il m’a dit : «Mais pourquoi pas?»

C’était en 2002 et le Liban vivait une période d’accalmie. Zeinab, son mari et leurs deux garçons y vivaient confortablement. Sans véritable intention, elle dépose quand même le formulaire d’immigration.

«Tout a explosé avec l’assassinat d’Hariri en février 2005. Trois mois plus tard, je recevais mon visa pour le Canada et nous avons quitté le Liban sans hésitation. Je ne voulais pas revivre la guerre. Je ne voulais pas ça pour mes enfants.»

Zeinab et sa famille se sont installés à Montréal. Comme pour la plupart des immigrants, les premiers temps en terre d’accueil ont été difficiles. «Après 150 demandes d’emploi infructueuses, je commençais à désespérer. J’avais beaucoup de compétences, mais je n’avais pas ces fameuses références canadiennes. Après une entrevue d’embauche chez Deloitte, ils ont pris la peine d’appeler mon ancien employeur au Liban.»

Ses références en or lui ont valu une place dans le réputé cabinet de services professionnels où elle travaille depuis cinq ans. «C’est Deloitte qui m’a donné ma première chance. J’en suis extrêmement reconnaissante et j’ai développé envers ces gens un fort sentiment d’appartenance. Je n’irais nulle part ailleurs.»

Une fois par mois, Métro propose, en collaboration avec le projet Alliés Montréal de la Conférence régionale des élus de Montréal (CRÉ), des portraits de personnes immigrantes qui ont bien réussi dans leur milieu de travail.

L’émission de Radio-Canada International Tam-Tam Canada a produit une version radio de ce reportage. Réalisé par la journaliste Anne-Marie Yvon, ce dernier est disponible sur le site www.rcinet.ca/francais.

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