Formation et emplois
21:27 3 avril 2018 | mise à jour le: 14 juin 2021 à 14:34 Temps de lecture: 3 minutes

Victimes de sexisme, elles inventent un cofondateur

Victimes de sexisme, elles inventent un cofondateur
Photo: Getty Images/iStockphotoThe shadow of a man walking.

Deux femmes d’affaires américaines n’ont pas eu le choix de placer un partenaire fictif à la tête de leur entreprise après avoir été victimes
d’intimidation et de sexisme. Des mesures radicales qui ont fait toute une différence.

«Certains partenaires professionnels ont commencé à agir de manière de plus en plus personnelle et agressive avec nous, a expliqué au journal Le Monde Penelope Gazin, cofondatrice de Witchsy, une plateforme de vente en ligne. Un designer a rendu un projet à moitié fini avec de nombreux jours de retard. Nous lui avons demandé de respecter son contrat et de terminer le projet. Il a répondu par des menaces et a tenté de nous intimider pour qu’on le paie malgré tout.»

Avec sa partenaire, Kate Dwyer, Penelope Gazin a eu l’idée, en 2015, de créer un faux cofondateur pour communiquer avec les clients et les divers prestataires. «Nous avons inventé Keith Mann pour créer une zone tampon entre nous et les créatifs que nous engagions», raconte Kate Dwyer sur le site. Courriels, signature, compte Twitter : les deux fondatrices ont pensé à tout pour rendre ce personnage crédible auprès de leurs interlocuteurs.

Un partenaire imaginaire qui change la donne
«Ç’a changé du tout au tout», ont-elles affirmé au magazine Fast Company. L’attitude de leurs prestataires et de leurs clients est tout à coup devenue plus courtoise, les délais des commandes ont enfin été respectés et l’entreprise a gagné en crédibilité.

Une étude publiée en mai 2017 par la Harvard Business Review a confirmé ce changement d’attitude remarqué au sein de Witchsy. Pendant deux ans, les chercheurs ont enregistré des conversations d’investisseurs dans plusieurs pays. Ils ont ensuite analysé les perceptions des interlocuteurs. Les résultats indiquent que même dans un pays comme la Suède, où les politiques favorisent l’égalité hommes-femmes, un jeune homme est souvent considéré comme étant prometteur, alors que la jeune femme est jugée inexpérimentée.

Aujourd’hui, l’entreprise se passe des services de Keith. Le stratagème lui a valu à la fois de nombreux messages de soutien et des critiques. «Nous avons reçu beaucoup d’insultes par internet de la part d’hommes qui n’ont rien saisi du problème», déplorait Kate Dwyer dans Le Monde.

Aux États-Unis, où vivent Kate Dwyer et Penelope Gazin, le domaine des nouvelles technologies, majoritairement masculin, est aujourd’hui aux prises avec de nombreuses dénonciations de sexisme et de harcèlement sexuel envers les femmes, comme cela a récemment été le cas pour le patron d’Uber. Les femmes devront-elles désormais avoir recours à des stratagèmes pour que leur crédibilité soit reconnue? Espérons que non…

Articles similaires