Formation et emplois

La précarité des immigrants

Pour les employeurs nord-américains, le temps est une ressource à gérer et à rentabiliser et il est donc très important pour eux de respecter un horaire strict. Pour bien des immigrants provenant de sociétés traditionnelles, la notion du temps est plutôt élastique. Photo: Métro

Nous recevons beaucoup d’immigrants très scolarisés, parce que nous croyons que, plus ils sont instruits, plus il leur sera facile d’intégrer le marché du travail. Mais est-ce bien ce qui se passe?

Selon la dernière note de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), il est permis d’en douter. En effet, 51 % des nouveaux venus au Canada (ici depuis 5 ans ou moins) possèdent un diplôme universitaire, alors que ce n’est le cas que de 19 % de la population dans son ensemble. Or, leur situation sur le marché de l’emploi est terrible lorsqu’on la compare à celle des Canadiens nés au pays.

Selon les données du recensement de 2006, leur taux de chômage est 2,3 fois plus élevé. En 2006, il était de 4,9 % pour les natifs du Canada de 15 à 54 ans, et de 11,5 % pour les nouveaux venus des mêmes groupes d’âge. De plus, 19 % des travailleurs à faible revenu sont des immigrants, alors qu’ils ne représentent que 7,6 % de la population canadienne, une disproportion marquée.

Ces chiffres indiquent clairement que bien des employeurs évitent d’embaucher les nouveaux venus. Mais d’où vient cette discrimination? Et est-ce que les immigrants l’encouragent sans le vouloir?

Pour Patricia Fitzmaurice, une conseillère d’orientation qui œuvre depuis 23 ans auprès des nouveaux venus dans la région de Québec, il est préférable de parler de valeurs différentes que de discrimination. Elle offre l’exemple du temps. Pour les employeurs nord-américains, le temps est une ressource à gérer et à rentabiliser et il est donc très important pour eux de respecter un horaire strict. Pour bien des immigrants provenant de sociétés traditionnelles, la notion du temps est élastique.

Une tâche n’est pas amorcée à un moment défini par un horaire, mais bien plutôt lorsque celui qui en est responsable est prêt à l’accomplir. Plusieurs immigrants trouvent difficile de s’ajuster à notre gestion du temps, et les employeurs en concluent qu’ils sont «instables» ou «paresseux».

De même, nos employeurs s’attendent souvent à ce que les travailleurs fassent preuve d’autonomie et d’initiative. Or, pour certains immigrants, l’autonomie et l’initiative sont de mauvais goût. Ils leur préfèrent le respect de l’autorité et des directives, ce qui explique qu’il faut souvent leur donner des instructions, sinon ils s’arrêtent de travailler jusqu’à ce qu’on vienne leur dire quoi faire.

De tels comportements peuvent s’avérer déroutants pour les employeurs. Selon Patricia Fitzmaurice, plusieurs d’entre eux sont pourtant capables d’ouverture et de bonne volonté envers les immigrants, mais ils n’arrivent pas à comprendre ces comportements ou le système de valeurs qui les motive. De la même façon d’ailleurs, plusieurs immigrants ne s’imaginaient pas à quel point notre façon de fonctionner était différente de la leur avant d’arriver ici.

Réduire la discrimination que subissent les immigrants nécessite donc d’abord et avant tout un effort réciproque de compréhension. Il sera alors possible pour nous, les natifs, d’apprécier combien s’adapter à d’autres valeurs est difficile pour les immigrants. Et elle permettra à ces derniers d’intégrer avec plus de facilité notre marché du travail.

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