L’autre façon d’apprendre
Les pédagogies alternatives est un sujet récurrent, mais peu de gens savent ce dont il s’agit vraiment. Métro s’est tourné vers le philosophe Georges Leroux, lui-même très engagé dans ce milieu, pour en savoir plus.
Imaginez que vous êtes un médecin et que vous voulez connaître les plus récents résultats de recherche sur une maladie. Vous pouvez consulter un livre savant sur le sujet, mais dont l’information est figée dans le temps, ou bien un site spécialisé, qui aura mis en ligne le dernier article scientifique sur ledit sujet. La pédagogie alternative privilégie la seconde approche. «Les écoles alternatives libres ont deux sources et deux histoires parallèles : européenne et américaine», explique le professeur Georges Leroux de l’UQAM.
«Nous sommes plutôt de la source européenne et, surtout, française. Après Jules Ferry et la fondation de l’école républicaine sous la Troisième République, il y a eu un resserrement de l’école publique : plus de rigueur, de contrôle, de place à l’instituteur, d’autorité, etc. Très rapidement, elle est devenue rigide et elle a provoqué, comme dans tous les systèmes, deux phénomènes néfastes : la hiérarchisation des étudiants, les rangs, les classes, et de nombreux échecs, notamment chez les enfants d’ouvriers, qui n’avaient pas de façon de s’en sortir. Second effet : cette école est devenue rapidement idéologique, parce qu’elle était le principal véhicule des idéaux de la République. Il y avait une bonne et une mauvaise façon de penser. On a donc vu, un peu partout sur le territoire français, des pédagogues qui ont dit : ‘‘Ça ne nous convient pas!’’»
Outre les cours magistraux dans quelques matières de base, comme la grammaire ou les mathématiques, l’essentiel de l’apprentissage des enfants s’effectue grâce à «l’approche par projets». Les enfants choisissent des sujets qui les intéressent et effectuent des recherches pour approfondir leurs connaissances. Ensuite, ils présentent leur travail aux autres enfants de la classe multiâge.
L’enfant qui, par exemple, s’intéresse à Elvis, découvrira, par étapes, la géographie (lieu de naissance), les tensions raciales (un Blanc qui chantait comme un Noir), l’histoire et tutti quanti avant de se bâtir une estime de soi solide et, entre autres, une habileté à s’exprimer grâce à la présentation en classe et aux échanges qui en découleront.
L’école alternative Nouvelle-Querbes, par exemple, applique cette approche, fondée sur l’idée que les enfants ne sont pas des soldats qui attendent les ordres d’un maitre directif, mais des petits êtres en éveil à la fois curieux, créateurs et particulièrement enthousiastes lorsqu’un sujet les captive. Certaines émissions de télévision, comme Les Chefs, reprennent aussi, d’une certaine manière, cette philosophie.
Et de qui ça vient? «Le plus engagé des pédagogues à l‘origine de ces écoles était Célestin Freinet, qui est d’ailleurs allé en prison, mais il y en a eu d’autres. C’étaient des républicains qui avaient le souci d’une démocratisation réelle et avaient à cœur le succès des enfants», explique M. Leroux. L’instauration des écoles alternatives en territoire québécois a aussi été influencée par Alexander Sutherland Neill, un pédagogue écossais connu, pour son classique Libres enfants de Summerhill, dans lequel il raconte sa propre et fascinante expérience.
À visionner
À ce sujet, voir le film documentaire Être et avoir de Nicolas Philibert, sorti en 2002.