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Prendre son destin en main

Photo: Yves Provencher/Métro

Ancienne mère monoparentale assistée sociale, la coiffeuse Mél-Any Dauphinais est devenue chef d’entreprise. Elle a su prendre en main sa destinée afin de bâtir un présent qui la rend heureuse.

«Il y a 14 ans, sans travail et monoparentale, j’ai dû me rendre à l’évidence et aller demander de l’aide», raconte avec pudeur Mél-Any, qui a été contrainte de recourir à l’aide sociale parce que, sans expérience, personne ne lui donnait vraiment sa chance..

«Je vivais sur mes cartes de crédit et vint le moment où les créanciers ont commencé à insister…» Tant bien que mal, elle a réussi à décrocher une chaise à temps partiel dans un salon de la Rive-Sud. Un jour, elle part en voyage à Cuba et y rencontre un couple de deux coiffeurs. Au fil des discussions, elle leur fait part de son désabusement ,et l’un deux lui dit : «C’est tout simplement parce que tu es rendue ailleurs.» «Où?» «Tu comprendras au moment opportun», lui réplique-t-il.

Lorsqu’elle réalise ce qu’il veut dire, au bout d’une semaine, elle se dit : «Il n’en est pas question. Je n’ai pas d’argent pour ouvrir un salon!» Mais la graine était plantée.

Armée de ses seules connaissances en coiffure, elle se décide à aller cogner à la porte de son institution financière pour demander un prêt. Premier refus. Puis un second, ailleurs. Un troisième et, finalement, la quatrième tentative s’avère être la bonne.

Avait-elle un œil sur un local en particulier?  «Même pas. Je n’avais pas de plan de match. Un beau matin, je me suis réveillée et je me suis dit : “Je me pars en business. Je n’avais aucune idée de ce que cela impliquait”, se rappelle Mél-Any, qui ne conseille toutefois à personne d’emprunter la même voie. «Je crois que c’est lorsque j’ai dit au responsable des prêts à quel point j’étais tannée de vivre au crochet de l’État – soit pendant les mois de septembre, octobre, janvier, février et mars, période creuse en coiffure – que j’ai réussi à le convaincre», avance Mél-Any.

Ella a finalement obtenu un prêt de 15 000 $. Peu de temps après, elle a loué la moitié d’un local et a prévenu la clientèle qu’elle s’était bâtie au fil des ans. Elle a par la suite loué des meubles avec option d’achat. Quelque 45 000 $ de dettes plus tard, elle a placé des annonces dans un journal afin de recruter du personnel et ainsi amortir les frais. Ce qui lui a permis, en 2005, d’ouvrir un salon comptant… 14 employés!

La blonde coiffeuse a réfréné ses ardeurs depuis, car «il n’est pas toujours évident de gérer 15 caractères.» Son salon, La Boît’O Artiste, compte désormais 4 employées et recevrait de 3 500 à 4 000 têtes à coiffer par année, sans parler des 2 autres personnes qui travaillent à leur compte, sous le même toit, en massothérapie et en esthétique. Le plus difficile? «J’ai subi une fraude de 95 000 $ de la part de mon comptable il y a cinq ans. Il faut toujours être vigilant et poser des questions», conclut-elle sans amertume, avec le regard fier de celle qui n’a pas oublié les années sombres.

Trois conseils de Mél-Any Dauphinais

  • Faire un plan d’affaires avant toute chose.
  • Effectuer des enquêtes sur les gens que l’on embauche et pas seulement «googler» leurs noms. Et cela, même si ces personnes nous ont été recommandées.
  • Gérer notre entreprise de façon adéquate et suivre tous les cours de gestion pertinents qui s’offrent à nous. On a tendance à penser que c’est facile, mais ce n’est pas notre domaine de spécialité et on l’apprend rapidement.

Pour devenir coiffeur
Le diplôme d’études professionnelles (DEP) offert dans certaines écoles publiques au Québec est étroitement suivi par le ministère de l’Éducation. Certaines écoles privées sont également reconnues. Le DEP est généralement requis par les employeurs.

La Boît’ O Artistes
597, chemin de Saint-Jean
La Prairie
450 619-7212

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