Environnement

Sans l’engagement des entreprises, point de salut

Atteindre des émissions zéro nécessite que l’ensemble des émissions de GES produites par l’homme doivent être retirées de l’atmosphère à l’aide de mesures de réduction. Photo: 123RF
Daniel Casillas - Metro World News

Un des buts à long terme de l’Accord de Paris est d’atteindre le stade de zéro émission nette d’ici le milieu du XXIe siècle. Métro a enquêté pour savoir à quel point nous sommes loin de cet objectif.

Atteindre le stade de zéro émission nette est urgent pour lutter contre les changements climatiques et prévenir ses conséquences néfastes. Cet objectif a été établi par les acteurs politiques, économiques et financiers et coordonné par l’Organisation des Nations unies (ONU) depuis que l’Accord de Paris a été signé, en 2015.

Selon une étude récente publiée dans le journal Nature, un total de 131 pays sont en discussion, ont annoncé ou ont adopté des cibles de zéro émission. Cela représente 72% des émissions totales au monde.

L’engagement des entreprises est critique, particulièrement lorsqu’on considère que seulement 100 d’entre elles sont responsables de 71% des émissions de gaz à effet de serre depuis 1988, selon un rapport du Carbon Disclosure Project intitulé «The Carbon Majors Database».

La bonne nouvelle est que plusieurs entreprises se sont jointes à l’engagement de réduire leurs émissions au cours des prochaines décennies afin de mettre un terme au réchauffement climatique.

Des capitaux pour la transformation verte

En fait, un rapport récent de l’ONU révélait que plus de 160 sociétés ayant des actifs de 70 trillions de dollars ont décidé de collaborer et d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

Ces entreprises forment le Glasgow Finance Alliance for Net Zero Emissions (GFANZ). Ses membres incluent de grands gestionnaires et propriétaires d’actifs ainsi que des banques qui ont le pouvoir de mobiliser des milliers de milliards de dollars pour réaliser la transition verte.

«Les compagnies se sont fixé des objectifs ambitieux pour atteindre le zéro net», explique à Métro Amrou Awaysheh, professeur de gestion des opérations et de la chaîne d’approvisionnement à l’Université d’Indiana, aux États-Unis.

Toutefois, il pourrait s’avérer nécessaire de surveiller les entreprises pour voir si elles tiennent leur promesse. M. Awaysheh affirme qu’afin de savoir si une organisation est sérieuse ou non à propos de ses responsabilités, il faut regarder son plan d’action et les résultats atteints jusqu’ici.

Métro s’est aussi entretenu avec Émile Boisseau-Bouvier, qui est analyste des politiques climatiques à l’organisme Équiterre, afin d’en apprendre plus sur les émissions de GES au Québec.

Les entreprises subissent de plus en plus la pression des gouvernements, des militants et de leurs clients, ainsi que de certains investisseurs puissants, pour réduire leurs émissions

Amrou Awaysheh, professeur de gestion des opérations et de la chaîne d’approvisionnement à l’Université d’Indiana, aux États-Unis.

Est-il possible d’atteindre la cible de zéro émission?

«Il est nécessaire de calculer combien d’émissions les entreprises produisent et de suivre ces étapes», indique le professeur de gestion des opérations et de la chaîne d’approvisionnement à l’Université d’Indiana, Amrou Awaysheh.

  1. Réduire la consommation d’énergie. Cela aidera directement les entreprises à réduire leurs émissions de carbone.
  2. Basculer vers les énergies vertes, les énergies renouvelables, comme l’éolien ou le solaire.
  3. Acheter des compensations de carbone, comme payer pour qu’une forêt soit plantée pour éliminer le carbone que l’entreprise émet.

Entretien avec Émile Boisseau-Bouvier, analyste des politiques climatiques chez Équiterre

Au Québec, quel doit être le rôle des entreprises privées dans la réduction des émissions de GES?

Les entreprises privées doivent absolument faire leur part pour la transformation et la décarbonation de notre économie. Par contre, c’est l’état qui doit venir favoriser et accélérer cette transformation en utilisant les outils à sa disposition, notamment la règlementation et l’écofiscalité. C’est le rôle des gouvernements de venir structurer la transformation et forcer la main aux entreprises qui n’ont pas nécessairement d’intérêt à la vivre.

Est-ce que l’impact des mesures gouvernementales est significatif?

Au Québec, on force les constructeurs à mettre des véhicules à zéro émission en marché et on va venir les forcer à offrir ces véhicules peut-être plus rapidement qu’ils ne l’auraient fait normalement, et puis ça fonctionne. Au Canada, deux seules provinces ont un tel mandat: le Québec et la Colombie-Britannique. Ces provinces ont représenté 76% des ventes de véhicules zéro émission au pays l’année dernière.

Quels sont les grands émetteurs de GES parmi les entreprises privées au Québec?

Nos grandes industries d’aluminium, par exemple, et les cimenteries se retrouvent au sommet de ce classement-là. Au Québec en général, près de la moitié de nos émissions de GES proviennent du secteur du transport, un secteur qu’il va falloir transformer si on veut atteindre nos cibles de réduction de GES.

Est-ce que la transformation écologique de l’économie pourrait représenter une opportunité pour certaines entreprises du Québec?

Dans cette transformation, il y aura des gagnants et des perdants. Au Québec, on est très bien placé pour avoir plusieurs gagnants. On est des spécialistes de l’électrification des transports, dans la production d’énergie renouvelable notamment avec Hydro-Québec, mais aussi avec tous les sous-contractants et les fournisseurs de pièces d’équipement ou de batteries pour l’électrification des transports.

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