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L’anxiété de performance, un désir de réalisation

Photo: iStock
Claudine Auger - Revue Gestion HEC Montréal

Dans une société où les limites sont sans cesse repoussées, où la compétition laisse les plus faibles à la traîne, plus on performe, plus on a l’impression d’exister et d’être quelqu’un dans le regard des autres. Là est le piège de l’anxiété de performance.

En soi, l’anxiété de performance n’est pas pathologique. Elle est rattachée au désir de s’accomplir et de se réaliser. «Mais certaines personnes ne se satisfont jamais d’un bon résultat, ce n’est jamais assez […]», explique Estelle M. Morin, professeure titulaire au Département de management de HEC Montréal.

L’équilibre est délicat, toutefois, entre savoir se dépasser… et savoir se détacher. La performance devient un problème d’anxiété lorsqu’on se définit par le résultat qu’on obtient, que l’estime de soi est intrinsèquement liée à la performance. «Pourtant, nous sommes tellement plus que nos résultats», insiste la chercheuse.

Selon le Dr Serge Marquis, médecin dédié depuis trente ans à la santé des travailleurs, à l’épuisement professionnel et à la détresse psychologique au travail, l’enjeu véritable est de distinguer l’être de l’acte. «Enfant, le cerveau peut faire cette association erronée: si je ne performe pas, je ne serai pas aimé […]. Toute personne d’influence devrait choisir ses mots pour reconnaître l’acte. Par exemple, dire: “Tu as fait un bon travail” au lieu de “Tu es bon dans ton travail”.»

Les superdétecteurs de menaces

L’individu sensible à l’anxiété de performance perçoit plus qu’un autre les menaces spécifiques à la réalisation. «À travail égal, deux caractéristiques mènent à l’anxiété de performance: une imagination débordante – car il en faut pour voir poindre tous les dangers – et un grand perfectionnisme», expose Sonia Lupien, neuroscientifique et directrice du Centre d’études sur le stress humain de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal.

Refusant de dégager de grandes conclusions quant à l’impact du contexte professionnel sur les risques d’anxiété de performance, la chercheuse préfère mettre en lumière les différences individuelles par rapport à l’anxiété.

«Cette sensibilité est en partie due à une préconception négative du stress, qu’on associe à un danger, à quelque chose de toxique. Pour changer ce schème, nous misons sur le transfert de connaissances pour que les gens comprennent que la réponse au stress est nécessaire: elle augmente la vigilance, l’éveil, ce qui permet d’être alerte, de se mettre en action et de performer», plaide Sonia Lupien.

Dans l’anxiété l’anxiété de performance, il y a donc une part qui appartient à l’individu, selon sa personnalité, son cheminement et ce qu’il vit. Une autre part est également imputable aux caractéristiques organisationnelles.

«Les dirigeants doivent être outillés, et être conscients des mots qu’ils utilisent et des messages qu’ils véhiculent», souligne la spécialiste du stress. Et finalement, ne pas oublier de prendre du repos: la fatigue fait augmenter significativement les comportements anxieux.

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