La Braderie de mode québécoise, de Montréal à la Chine
Un défilé mettant entre autres en vedette les griffes québécoises Second Jeans, Aldo, m0851 et Parasuco a été présenté à Shanghai la semaine dernière dans le cadre d’une mission gouvernementale en Chine. C’est bien beau, mais alors que s’ouvre, jeudi, la populaire Braderie de mode québécoise au Marché Bonsecours, des designers s’entendent pour dire qu’il faut d’abord atteindre la notoriété dans sa propre cour avant d’espérer se faire connaître chez le voisin.
«Avant de penser exporter dans un marché aussi immense que la Chine ou encore l’Europe, il faut s’assurer d’avoir une structure assez solide», témoigne Mariouche Gagné. La designer montréalaise s’y connaît en la matière, puisque sa marque de fourrures recyclées Harricana, qui a notamment entamé un partenariat avec Rossignol l’année dernière, est aussi distribuée outre-Atlantique.
Pour commencer à bâtir son nom à plus petite échelle, ici même, la Braderie est un excellent outil de promotion qui rallie une foule de plus en plus importante – plus de 30 000 fashionistas et autres chasseurs d’aubaines par édition s’y sont rendus ces dernières saisons à Montréal, beau temps, mauvais temps. «Beaucoup de nos clients ont découvert notre marque à la Braderie, souligne Amélie Gingras-Rioux d’Annie 50. Chaque saison, je remplis mon petit calepin de nouveaux noms de personnes intéressées à recevoir nos infolettres par courriel.»
Laurie Lemieux, de Cokluch, renchérit : «Le public qui fréquente la Braderie n’est pas le même que notre clientèle de tous les jours. Même si nous organisons également des ventes d’atelier à l’occasion, on n’obtient jamais une aussi grande visibilité ni une aussi grosse clientèle.»
Si bien que la productrice de l’événement, Anne de Shalla, elle-même designer et propriétaire de boutiques dans le Vieux-Montréal comme à Québec, a décidé d’exporter pour la première fois son concept à Ottawa au début du mois. Les résultats ont d’ailleurs été assez concluants pour qu’une seconde édition soit prévue au printemps. La Braderie est aussi présentée à Québec depuis deux ans, et y connaît un achalandage de 15 000 personnes.
Pour Anne de Shalla, le développement à l’étranger passerait peut-être par des boutiques éphémères. La créatrice de mode a d’ailleurs tâté le terrain en Belgique dans le cadre de Design September, où elle a présenté neuf signatures d’ici à l’invitation de la Délégation générale du Québec à Bruxelles. «Le bilan de cette réception est très encourageant, puisque les créations présentées ont beaucoup plu, résume-t-elle. J’espère que le projet se concrétisera en 2014.»
Une pièce de la collection automne-hiver 2013 d’Annie 50./collaboration spéciale
Des échos de Shanghai
La Chine étant un marché «difficile à cerner» selon plusieurs des designers que Métro a interviewés, les participants mode à la mission du ministre Jean-François Lisée ne se sont pas nécessairement rendus en Chine dans l’espoir d’ouvrir des boutiques l’année prochaine.
«C’est la première fois que nous participons à une mission comme celle-là, témoigne la porte-parole de La vie en rose, Emilie Gentès. C’est un marché intéressant, mais vraiment différent de ceux où nous sommes déjà présents et que ne nous ne connaissons pas du tout.» Selon elle, La vie en rose a eu l’occasion de faire de belles rencontres la semaine dernière, «mais nous n’en sommes qu’à une étape préliminaire».
Pour Eric Wazana de Second Jeans, la mission a permis de se faire connaître, tout simplement. «Je souhaite laisser une empreinte et des idées pour un avenir en Chine et ainsi bâtir une relation avec des distributeurs potentiels», précise-t-il.
Cela dit, deux marques d’ici, soit m0851 et Birks, ont célébré l’ouverture d’une première boutique en Chine, alors que Judith & Charles y a célébré l’annonce de ses premiers points de vente. Quant à Aldo, déjà présent en Chine, il s’agit «d’augmenter la notoriété de la marque en Chine en faisant valoir ses origines canadiennes», a précisé Sanam Kader, responsable du marketing international, Asie, pour la chaîne de chaussures.
Le défilé présenté vendredi soir dernier dans le cadre de la Semaine de mode de Shanghai se voulait le point culminant de l’aventure et aurait été couronné de succès. Selon un porte-parole du ministère québécois des Relations internationales, «on refusait les gens à l’entrée».