Inspiration

Rituel millénaire à Montréal

Nul besoin de parcourir des milliers de kilomètres pour apprivoiser l’esprit du hammam. Montréal compte maintenant quelques saunas moyen-orientaux connus pour leurs bains de vapeur, d’où l’on sort l’épiderme purifié.

Au VIIe siècle, les Turcs s’inspirent du concept des bains maures et y ajoutent des soins, comme des massages. De là provient le hammam tel qu’il est connu aujourd’hui, avec son rituel d’hygiène hebdomadaire et l’importance sociale qui en découle. Car c’est souvent entre les jets de vapeur humide qu’une jeune femme échange ses premières salutations avec sa future belle-mère…

«Le droit d’aller au hammam a été le premier droit de la femme. Elle pouvait demander le divorce de son mari s’il refusait qu’elle s’y rende», illustre avec enthousiasme la propriétaire de ZinaBelle médi-spa, Halima Serrar. Encore aujourd’hui, «la première chose que font les Maghrébins quand ils rentrent chez eux, c’est d’aller au hammam», ajoute la Marocaine d’origine.

Étape par étape

Le hammam se vit en trois temps. On entre d’abord dans le frigidarium, la salle de repos, où la température est maintenue autour de 22 degrés. Il ne s’agit que d’une petite escale avant de mettre les pieds dans le caldarium.

Derrière la porte, on retrouve une grande salle chaude, carrelée, enveloppante, semblable à une douche géante. Assis sur un banc qui longe les quatre coins de la pièce, on y reçoit de grands jets de vapeur. L’ambiance est lourde. Et pour cause : la température ambiante atteint les 48 degrés, selon Halima Serrar. Notre esprit divague, nos pores s’ouvrent sous l’effet de la vapeur, dont la densité est comparable à celle d’un épais brouillard maritime.  

On nous enduit ensuite le corps d’un savon noir à la texture huileuse.  «L’huile empêche la peau de craquer au cours de l’exfoliation», explique l’esthéticienne, dont les cheveux rassemblés sous un casque prennent peu à peu la couleur du henné.

L’exfoliation a lieu dans le tépidarium, une petite salle adjacente au caldarium. Pendant qu’on se couche sur un petit palier carrelé, l’esthéticienne enfile un gant de crin à la rugosité sous-estimée. Elle se donne un gros élan et frotte notre corps vigoureusement; c’est à ce moment qu’on serre les dents en réalisant qu’on nous sable littéralement le corps. De gros rouleaux de peau morte se détachent de notre épiderme. «Étant donné que c’est votre première fois, on frotte moins fort et il y a moins de peau qui part», nous rassure l’esthéticienne.

Après un rinçage rapide, on retourne dans le caldarium, où on enduit notre épiderme souffrant d’une pâte liquide à base d’eau de rose et de henné. À ce stade, à peu près n’importe quelle lotion appliquée sur la peau aurait un effet calmant…

Souffrance payante

Mais on se console vite en prenant conscience des résultats d’une telle souffrance. Notre esprit a bel et bien décroché sous l’effet de la vapeur, et notre peau retrouve une douceur et une fraîcheur sans égales. Les collègues de travail qui n’ont pas l’habitude de vous tapoter les bras constatent même la différence!

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