Des chiffres à analyser
L’État de la Virginie fera bientôt connaître les salaires médians de tous ses diplômés universitaires. Si l’effort est louable, l’information sera-t-elle fiable?
Selon les Chronicles of Higher Education, la Virginie sera ce mois-ci le premier État d’Amérique à rendre public le salaire médian des diplômés de tous les programmes universitaires offerts par ses établissements. Les étudiants pourront connaître la rémunération qu’ils sont en droit d’espérer jusqu’à six ans après l’obtention de leur diplôme.
Il faut s’attendre à de nombreuses initiatives semblables au cours des prochaines années. En effet, depuis la récession de 2008, les Américains ont pris conscience que le diplôme universitaire n’est plus en soi garant d’un bon emploi.
Leurs journaux font leurs choux gras des histoires de jeunes diplômés qui, après avoir cherché en vain un emploi dans leur domaine, ont été obligés de retourner vivre chez leurs parents et de travailler dans la vente au détail, la restauration ou l’hôtellerie, des emplois pour lesquels ils n’avaient pas à dépenser des milliers de dollars en frais de scolarité universitaires.
Pire, ils occupent souvent ces emplois au détriment des diplômés du secondaire, qui en dépendent maintenant que le secteur manufacturier embauche moins.
La situation serait déjà dramatique si ces frais de scolarité demeuraient stables. Mais, ils augmentent sans cesse depuis 20 ans, et les États-Unis sont de loin le pays du monde où ’instruire est le plus dispendieux. En conséquence, plusieurs commentateurs clament maintenant que les universités américaines ont cessé de tenir leur promesse.
Depuis l’époque du New Deal, les universités ont promis à leurs diplômés une entrée dans l’élite économique, une assurance qui a justifié leurs frais de scolarité parfois faramineux. De toute évidence, cette promesse n’est pas tenue lorsqu’un jeune diplômé en sciences sociales doit travailler au restaurant du coin, ou un diplômé des sciences de l’administration accepter un emploi de concierge.
Néanmoins, publier les salaires des diplômés n’est pas la panacée. Dans ce type d’outil, les salaires présentés ne concernent souvent qu’un petit groupe de diplômés, par exemple ceux qui détiennent un emploi à temps plein. C’est ce qu’on observe dans la Relance 2010 des diplômés québécois. Cela a pour effet de niveler les différences de salaires entre les programmes d’études.
Déjà en 1999, une étude du chercheur Daniel Boothby montrait qu’au contraire, ces différences peuvent s’avérer très importantes et peuvent représenter plusieurs dizaines de milliers de dollars. Année après année, par exemple, et même lorsqu’on prend en considération les écarts attribuables aux emplois à temps plein et à temps partiel, les diplômés en médecine et en droit sont toujours de trois à cinq fois mieux rémunérés que ceux en beaux-arts. Il en est de même des diplômés des sciences sociales lorsqu’on les compare à ceux du génie.
Soyez donc critiques à l’égard les informations sur les salaires. Il est facile de se faire embobiner!