L'assiette des Québécois toujours ébréchée
En 1997, l’éco-sociologue Laure Waridel, publiait L’envers de l’assiette, un livre coup-de-poing qui mettait en lumière les lacunes de notre système d’alimentation. Treize ans plus tard, une édition actualisée sort en kiosque. L’occasion idéale de voir comment a évolué notre assiette.
Qu’est-ce qui a évolué pour le mieux en 13 ans?
En 1997, peu de plats végétariens étaient offerts dans les restaurants, on avait du mal à trouver des produits équitables, bios ou du terroir dans les supermarchés où l’on se faisait refiler une multitude de sacs en plastique. Aujourd’hui, les marchés locaux se sont multipliés, près de 10 000 personnes participent au programme de paniers bios et on n’utilise plus de bisphénol A dans les biberons des enfants. Bref, il y a une prise de conscience, mais il faut encore plus.
Car il y a dégradation sur bien des aspects…
Oui. Même si nous recyclons davantage et si le compostage municipal se développe, nous produisons aussi plus de déchets (+ 47 % en 10 ans). La part des aliments québécois est passée de 78 % en 1985 à 33 % et la concentration du marché se poursuit. Par exemple, la microbrasserie Unibroue a été vendue à Sleeman, les produits laitiers Liberté on été vendus
à Yoplait et les magasins bios Rachelle-Béry sont passés sous la bannière Sobeys (IGA). Et la promesse électorale des libéraux en 2003 d’étiqueter les produits contenant des OGM ne s’est jamais concrétisée.
Quels dossiers alimentaires faut-il suivre?
Le premier est l’insécurité alimentaire, qui après avoir baissé est de nouveau à la hausse. Elle touche 925 millions de personnes, même si le nombre de milliardaires n’a jamais été aussi élevé. L’accaparement des terres agricoles des pays pauvres par les multinationales ou des pays comme la Chine est aussi préoccupant, parce qu’il nuit à la capacité des communautés locale à s’alimenter. En Afrique, les surfaces négociées sont estimées à l’équivalent des terres arables de la France. Les changements climatiques, l’effondrement des colonies d’abeilles et l’essor des OGM font partie des dossiers à suivre.
Vous vivez depuis six mois en Suisse. L’assiette y est-elle plus verte?
Elle n’est pas parfaite, notamment parce que le sucre est très important, mais il y a plusieurs choses qui pourraient nous inspirer. Par exemple, ce sont deux coopératives qui dominent le secteur de la distribution et non le privé. On trouve ainsi beaucoup de produits locaux, bios et équitables dans les magasins. Dans le secteur de l’agriculture, l’État est beaucoup plus volontariste, ses subventions sont notamment liées à l’atteinte d’objectifs environnementaux. Par exemple, les agriculteurs doivent limiter les pesticides, la culture d’OGM est interdite et les vaches doivent obligatoirement passer un certain nombre de jours dehors, alors qu’au Québec, beaucoup d’entre elles passent toute leur vie à l’intérieur.