Étudier aujourd’hui, payer plus tard
Bernard Landry a suggéré que les frais de scolarité devraient être remplacés par un impôt pour les études universitaires. Voilà une idée qui mérite d’être débattue davantage.
L’ex-premier ministre Bernard Landry a proposé une solution à la crise étudiante le mois dernier. Il suggère non seulement d’abandonner la hausse des frais de scolarité et de conserver la gratuité scolaire jusqu’à l’obtention du diplôme universitaire, mais aussi de remplacer ces frais par un impôt pour les études universitaires.
En pratique, cela signifierait que les étudiants ne paieraient rien durant leurs études. Ils n’auraient qu’à débourser leurs frais de subsistance et de matériel, ainsi que les fameux frais afférents que leur imposent les universités. Les cours eux-mêmes seraient gratuits, permettant à tous ceux qui en ont le désir et la capacité d’y accéder.
Ce n’est qu’après avoir reçu leur diplôme et obtenu un premier emploi que les diplômés commenceraient à rembourser le coût de leurs études universitaires par l’entremise de cet impôt. Le montant varierait selon le diplôme obtenu et le niveau de rémunération du diplômé. Comme le donne en exemple M. Landry, le montant du remboursement d’un chirurgien serait plus élevé que celui d’un professeur de cégep, puisque ses revenus seraient meilleurs.
Bien qu’elle ait fait rapidement le tour des médias, l’idée ne semble pas avoir attiré toute l’attention qu’elle mérite. Pourtant, c’est une idée sérieuse qui est avancée par bien d’autres que notre ancien premier ministre. On sait que les jeunes diplômés américains font face à une crise d’endettement sans précédent. Dans un article récent du New York Times, l’économiste Luigi Zingales suggère qu’il serait possible d’éviter une telle crise à l’avenir en remplaçant les prêts étudiants par des contrats de remboursement basés sur le revenu après les études. De la même façon qu’on investit dans une entreprise, ce mode de financement miserait sur la capacité de générer des revenus du futur diplômé. Cette approche est similaire à l’impôt proposé par M. Landry.
Dans le même ordre d’idée, l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) publiait récemment un rapport sur la prospérité au Canada, où elle faisait valoir l’importance d’augmenter le nombre de diplômés universitaires. Le rapport suggérait que le meilleur moyen pour le Canada d’y parvenir n’était pas de réduire les frais de scolarité, mais plutôt de remplacer les prêts étudiants par un remboursement basé sur le niveau de revenu après les études. Ce mode de financement a l’avantage de favoriser l’accès aux études des jeunes moins fortunés, qui ont tendance à éviter les prêts étudiants, mais acceptent de payer une fois qu’ils ont un revenu stable.
Évidemment, cette proposition présente des problèmes. Par exemple, il est toujours plus facile de se faire payer avant qu’après avoir rendu un service. L’administration nécessaire pour recueillir les remboursements pourrait donc devenir très onéreuse, et ces coûts seraient probablement refilés aux étudiants. Mais c’est tout à fait le genre de suggestion dont il nous faut discuter pour sortir du marasme présent.