De plus en plus de bons exemples de diversité corporelle
La campagne «Derrière le miroir» entame sa troisième année d’existence, alors que les bons exemples se multiplient dans l’industrie de la mode. Le point avec Frédérique Dufort, porte-parole, et la directrice de l’organisme ÉquiLibre, Fannie Dagenais.
Ces trois dernières années, l’industrie de la mode comme les médias ont fait leur bout de chemin pour proposer des modèles de beauté de plus en plus variés, estime la nutritionniste Fannie Dagenais, qui est plongée dans cette problématique depuis une dizaine d’années. «Quand on a commencé [la campagne], on ne savait pas si les portes allaient s’ouvrir, rappelle-t-elle. Dans les faits, beaucoup d’entreprises se sont intéressées à la question.»
La directrice de l’organisme ÉquiLibre, dont la mission est de prévenir et diminuer les problèmes reliés à l’image corporelle et au poids, cite en exemple la chaîne de boutiques Jacob, le groupe Sensation Mode et le magazine Elle Québec. Ces trois entreprises ont été reconnues respectivement pour les politiques de non-retouche, les défilés de la diversité corporelle et la Journée sans maquillage.
Il ne faut pas non plus passer sous silence le slogan Lili-les-bains («Experte en femmes parfaites, taille 8 à 24»), qui a remporté le prix Image/In 2012, remis par des jeunes, justement dans le cadre de la campagne «Derrière le miroir».
«Je pense qu’on a un beau momentum», renchérit Mme Dagenais. Elle se réjouit aussi que «de plus en plus de consommateurs réagissent en voyant des photos retouchées».
Néanmoins, ce n’est pas gagné. Son équipe continue à faire un important travail de sensibilisation dans les écoles «pour aider les jeunes à aiguiser leur regard critique» face à la question. «Il faut encore éduquer la population – pas seulement les jeunes, mais aussi les adultes, parce qu’il faut savoir qu’ils nous observent et nous imitent, insiste la nutritionniste. Nous voulons encourager les gens à se tourner vers de saines habitudes de vie, comme bien manger et bouger, et les détourner des régimes amaigrissants qui sont dangereux et inefficaces.»
S’il s’agit d’une cause souvent associée aux jeunes filles rêvant d’un corps taille 0, il faut savoir que les garçons sont tout aussi concernés, souligne Frédérique Dufort. À 17 ans, la comédienne sait de quoi elle parle, puisqu’elle représente spécifiquement la clientèle visée par la campagne. «Les garçons sont aussi exposés à des modèles irréalistes de beauté, ajoute Fannie Dagenais. Il s’agit d’un modèle de beauté différent; on ne parle pas de silhouette frêle et mince comme pour les filles, mais plutôt de corps bien sculptés et du fameux 6-pack.»
Selon Frédérique Dufort, jeunes et moins jeunes devraient envisager la beauté en restant «naturels et authentiques». «Je me dis que puisqu’on a tous été faits différemment, pourquoi faudrait-il gâcher notre côté unique en essayant de tous se ressembler?, questionne-t-elle. La campagne, offre aussi des outils pour apprendre à s’apprécier : plutôt que de se concentrer sur nos petits défauts, il faut mettre l’accent sur ce qu’on aime.»
Cercle vicieux
L’actuelle «épidémie d’obésité» serait exacerbée par les modèles de beauté irréalistes, croit Fannie Dagenais d’ÉquiLibre. «On a l’impression d’être devant deux extrêmes. Au contraire, les jeunes qui se préoccupent de leur poids très tôt sont encore plus à risque de développer des problèmes de poids en vieillissant, pointe-t-elle. Plutôt que d’encourager à manger cinq portions de légumes et de faire 30 minutes d’activité physique par jour, la préoccupation excessive à l’égard du poids les amène à faire des choses dangereuses pour la santé, comme des régimes à répétition ou de l’entraînement excessif.»
Le tabagisme pourrait même être inclus dans cette boucle infernale. «Souvent, les filles vont commencer à fumer pour maigrir», dénonce-t-elle.
Quelques faits
Les jeunes sont loin d’être à l’aise avec leur corps. Pour illustrer son propos, la directrice d’ÉquiLibre, Fannie Dagenais, cite une étude de la professeure en psychologie à l’Université du Québec à Chicoutimi Jacinthe Dion, réalisée auprès d’adolescents de 14 à 18 ans dans la région de Saguenay. Parmi les faits les plus inquiétants :
- 45 % des jeunes filles sautent des repas pour perdre du poids
- 23 % des jeunes filles jeûnent toute une journée
- 61,5 % des garçons s’entraînent intensivement dans le but d’avoir un corps bien sculpté
- 32,9 % des garçons prennent des suppléments pour augmenter leur masse musculaire
La période des mises en candidature pour les prix Image/In 2013 est actuellement en cours. C’est un panel d’adolescents qui votera, le printemps prochain, pour déterminer les gagnants.