Des condos, c’est bien beau, mais…
Griffintown, Ahuntsic, Ville-Marie… Les condos se multiplient comme de petits champignons à Montréal ces dernières années.
Une bonne nouvelle pour le développement de la ville, mais serons-nous en mesure d’accueillir convenablement tous ces nouveaux propriétaires?
La directrice d’une agence de courtiers immobiliers bien implantée dans la métropole me faisait part récemment d’un rêve qu’elle souhaiterait bien réaliser avec un petit coup de chance à la loterie : implanter un grand marché public dans un bâtiment désaffecté de Griffintown. Sa motivation? Faire un coup d’argent avec la revitalisation du quartier? Oui, peut-être un peu. Mais son regard de courtière immobilière perçoit surtout un grand problème se dessiner à l’horizon : une pénurie de services de proximité, comme des marchés publics, des garderies, des écoles et des parcs. Dans sa profession, l’accès à ce type de services vaut évidemment son pesant d’or auprès des couples et des familles à la recherche d’un nouveau nid.
Elle me faisait notamment remarquer que sur la plupart des sites web de projets immobiliers liés à Griffintown, la proximité du marché Atwater est pratiquement toujours vantée pour séduire les futurs acheteurs. Pour le moment, aucun problème : le marché public peut encore absorber de nouveaux clients. Par contre, si les promoteurs du secteur réussissent à atteindre le plein potentiel du quartier d’ici quelques années, c’est-à-dire 15 000 nouvelles personnes, ce sera une toute autre histoire. La présence de ces futurs résidants risque de stimuler rapidement l’offre commerciale privée (pharmacies, banques, restaurants), mais pour les investissements publics (marchés, écoles, garderies), rien n’est moins sûr.
L’exemple de Toronto justifie d’ailleurs cette crainte face au développement de Montréal. La Ville Reine a vu plus de 120 000 unités de condos se bâtir depuis la fin des années 1990. Plusieurs Torontois souhaitant profiter de ce boom immobilier ont acheté une résidence sur papier, avant même que s’amorce la construction de leur tour, et parfois même de leur quartier. Dans bien des cas, les promoteurs et les autorités municipales ont fait miroiter des parcs, des pistes cyclables, des garderies et des écoles à proximité de ces nouvelles unités d’habitation. Or, certains propriétaires attendent toujours ces promesses, et ce, plusieurs années après avoir emménagé.
La Ville de Toronto commence d’ailleurs à avouer ses torts dans ce dossier et admet avoir été emportée par cet engouement pour le condo. L’argent entrant rapidement dans les coffres municipaux, la Ville a carrément négligé la planification de ses quartiers en pleine effervescence. Des consultations publiques ont d’ailleurs été lancées en février dernier, invitant les citoyens mécontents de leur qualité de vie à se prononcer sur les améliorations à apporter dans leur voisinage. Ces consultations seront scrupuleusement étudiées par les autorités municipales afin éviter de commettre les mêmes erreurs urbanistiques dans les futurs développements.
Montréal connaîtra-t-il un meilleur sort avec ses condos? Chose certaine, les promoteurs immobiliers sont actuellement accueillis à bras ouverts avec leurs multiples projets. Espérons simplement que les investissements publics suivront le rythme des capitaux privés pour la création de réels quartiers durables.


