Bouffe de rue : bien plus qu’un menu
Le retour de la bouffe de rue à Montréal est peut-être confirmé, mais sa stratégie d’implantation, elle, est loin d’être élaborée.
Il y a encore beaucoup à réfléchir, non seulement pour l’accueil des cuistots, mais aussi du public.
Montréal se laisse deux ans pour préparer une réglementation qui encadrera le fameux retour de la cuisine de rue après plus de 65 ans d’absence. En s’appuyant sur les recommandations de la Commission sur le développement économique et urbain et l’habitation, la Ville devra se pencher sur une série de pistes de réflexion, comme le nombre de cuisines mobiles à autoriser sur le territoire, le coût des permis d’exploitation ou encore l’élaboration de règles d’alternance pour assurer une rotation de l’offre de nourriture. Un cadre réglementaire qui, pour le moment, semble s’orienter davantage sur le restaurateur plutôt que sur le principal intéressé : le consommateur.
N’oublions pas que le succès de la cuisine de rue repose inévitablement sur la qualité du menu présenté, mais reste également fortement influencé par l’environnement de dégustation. À Pékin, par exemple, votre aventure culinaire risque d’être marquée par des dumplings cuits à la vapeur, savourés sur un bout de roche, alors qu’une poule vous passe entre les deux jambes. Je l’ai vécu personnellement. Un moment de dépaysement mémorable teinté des réalités culturelles du pays.
À Montréal, on serait en droit d’exiger un peu plus de luxe pour déguster notre lunch, ne serait-ce que pour refléter la qualité de la nourriture préconisée. Après tout, nos élus désirent soutenir la créativité culinaire pour contribuer à l’image de marque de la métropole comme ville gastronomique. Mais où consommerons-nous notre tacos de porc effiloché au cumin? En cravate, debout dans la rue? Au bureau, dans la salle des employés? La question se pose, puisque le rapport de la Commission reste très vague sur la pertinence d’offrir un espace urbain de qualité pour bonifier l’expérience du client.
Comme le mentionnait récemment l’Association du design urbain du Québec dans un article intitulé «La reconquête de la rue» (accessible au aduq.ca), le retour de cette gastronomie mobile se présente comme une occasion en or pour se réapproprier notre ville. L’idée n’est pas de lancer d’énormes chantiers à coup de millions de dollars, mais simplement de s’harmoniser avec l’engouement que génère cette expérience culinaire afin de rendre nos rues plus conviviales, plus vertes, et surtout, plus animées.
Un exemple concret? San Francisco a instauré ces dernières années les Parklets, un dérivé des terrasses de rue, pour transformer des cases de stationnement en espace de répit. Le tout reste ouvert au public durant la journée, sans obligation de consommer. On peut toutefois s’attendre à retrouver à proximité de nombreux «food trucks» qui ont tendance à s’agglutiner autour de ces mini-terrasses… au grand bonheur des passants.
Une option à envisager pour Montréal?


