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Ces îles désertes du 450

Photo: Google Street View


Un bon design repose toujours sur plusieurs critères, tels que l’innovation, la durabilité et l’esthétisme. Mais la règle fondamentale que doit respecter tout produit, c’est de présenter une réelle utilité.

C’est ce qu’on nous enseigne dès la première année d’université en design industriel, en design urbain et en architecture. Ces critères se retrouvent notamment dans la fameuse liste des «10 principes du « bon design » selon Dieter Rams», un célèbre designer du XXe siècle étroitement lié aux produits de consommation de marque Braun.

Mais entre la théorie et la pratique, il y a visiblement un monde, particulièrement quand on observe le design urbain dans de récents quartiers résidentiels de banlieue.

Une curieuse «mode» a été adoptée ces dernières années par des promoteurs immobiliers, qui décident d’aménager des îlots gazonnés en plein milieu de leurs projets domiciliaires. Leur utilité? Difficile à dire, à première vue, car leur aménagement est un peu trop sommaire pour générer un quelconque centre d’intérêt.

Pour en avoir le cœur net, j’ai tout d’abord contacté le département d’urbanisme de Belœil. En 2009, la Ville a autorisé l’implantation d’un de ces «ronds-points» géants lors de la création d’un quartier de maisons unifamiliales typique du 450. Après quelques vérifications, on me confirme [non pas sans malaise] que cet îlot de verdure jauni est en fait… un parc pour enfants! Enfin, c’était l’idée de départ de la municipalité qui, pour des raisons liées à ses politiques familiales, avait exigé du promoteur immobilier un lieu réservé aux enfants du secteur. Le problème, c’est que, quatre ans plus tard, la Ville n’a toujours pas déniché les fonds nécessaires pour aménager ce fameux parc. Résultat : le terrain est ignoré depuis des années par les résidants du quartier, à qui on avait pourtant promis un milieu de vie familial au moment de signer l’hypothèque. Navrant.

Une situation similaire s’est aussi produite à Boucherville au début des années 2000, dans un quartier résidentiel cossu baptisé Harmonie. Un vaste îlot gazonné a fait son apparition entre une série de copropriétés et de maisons unifamiliales afin d’améliorer [en théorie] la qualité de vie du milieu résidentiel. En pratique, le site est quasiment toujours déserté, selon plusieurs résidants du secteur. Quelques arbres ici et là ne suffisent pas, semble-t-il, à attirer les foules. Surprise! Comment se sentir le bienvenu dans un espace qui n’a pas de réelle fonction, et qui possède à peine un banc de parc pour engendrer un minimum d’activités et de socialisation entre voisins?

Croire que ce genre d’aberration urbaine puisse constituer une quelconque valeur ajoutée pour un développement résidentiel relève presque de la pensée magique. Est-ce provoqué par un manque d’expertise en design urbain dans le monde municipal? Possible, malgré le fait que divers organismes, comme Vivre en ville, offrent une foule de ressources techniques pour aider les urbanistes et les promoteurs immobiliers dans leur travail. Ou se pourrait-il que certaines villes soient simplement trop pressées d’empocher de nouvelles taxes foncières, plutôt que de concevoir des milieux de vie bien réfléchis pour leurs citoyens? Poser la question, c’est y répondre.

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