Le registre québécois du cancer compromis
La centaine de registraires en oncologie diplômés au Québec sont responsables de colliger les données sur les patients cancéreux dans le Registre québécois du cancer. Mais ils sont trop peu nombreux pour cette tâche colossale, soutient la présidente de l’Asssociation québécoise des registraires en oncologie (AQRO), Sylvie Salvail. Il faudrait selon elle qu’ils soient trois fois plus nombreux.
«Quand elle a implanté le registre, la Direction de lutte contre le cancer savait qu’on manquerait de main-d’œuvre. Cette pénurie met en péril la pérennité du registre», a fait valoir Mme Salvail.
Chaque année, seulement huit registraires en oncologie sortent du cégep. Pour obtenir ce type d’emploi, il faut décrocher un diplôme d’études collégiales en archives médicales et une attestation d’études collégiales en gestion d’un registre en oncologie.
Le manque de main-d’œuvre fait en sorte que l’échéancier de l’implantation du Registre québécois du cancer n’est pas respecté. Au mois d’août, les centres hospitaliers de l’île de Montréal devaient avoir compilé dans le registre du cancer 30 % des données concernant les personnes atteintes de cancer. Ils en avaient transmis seulement 21 %. Cette proportion doit atteindre 60 % d’ici la fin de l’année.
Sylvie Salvail s’est montrée plutôt pessimiste, alors que le ministère de la Santé maintient son objectif d’avoir un registre pleinement fonctionnel d’ici 2012. Pour pallier la pénurie de registraires en oncologie, les centres hospitaliers font appel à des archivistes médicaux.
«Les archivistes traitent les hospitalisations. Ils n’ont pas besoin de fouiller pour trouver les détails des traitements d’avant, a expliqué Mme Salvail. Les registraires en oncologie doivent avoir tout le portrait du cheminement d’un patient, de sa première hospitalisation jusqu’à sa mort.»
Le ministère de la Santé entend offrir cet automne une formation éclair à ces archivistes médicaux affectés au registre du cancer pour qu’ils aient une meilleure compréhension des dossiers médicaux des cancéreux. Des mesures de soutien seront également mises en place pour les aider, a indiqué le ministère.
«C’est mieux que rien, a déclaré la présidente de l’AQRO. Mais ça ne garantit pas la qualité du registre. L’envoi de données va devenir de plus en plus complexe, ce qui fait qu’il va falloir absolument que les personnes qui envoient des données aient la formation de registraire.»
Le registre du cancer est présentement dans sa première phase d’implantation. Les registraires en oncologie doivent, pour le moment, fournir des données de base qui serviront à établir le nombre de personnes atteintes de chaque cancer. Dans la prochaine phase, ils devront fournir davantage de données (concernant les tests que les patients ont subis et les traitements qu’ils ont reçus).
Pour la dernière phase, le ministère de la Santé a ciblé quatre cancers – seins, poumons, prostate et colorectal – pour lesquels jusqu’à 150 variables devront être colligées dans le registre sur les stades de la maladie.
«Les centres qui n’ont pas de registraire seront plus à risque de fournir des données moins fiables, ce qui fait que ça va contaminer la banque de données provinciale», a affirmé Sylvie Salvail.