L’estompement de la frontière entre le bureau et la maison
De nos jours, le «cinq à neuf» à la maison n’est que le prolongement du «neuf à cinq» au bureau.
La maison n’est plus ce havre qui protégeait autrefois ses habitants des pressions du monde extérieur. Maintenant, on dîne rapidement avec les membres de sa famille, on échange quelques plaisanteries et doléances sur la journée qui s’achève et on replonge dans le travail en récupérant les documents que l’on a envoyés à son adresse électronique personnelle avant de quitter le bureau.
Dans mon cas, je peux écouter les messages importants qui ont été laissés dans ma boîte vocale après 16 h 30. Je peux même effectuer un suivi de l’usage de la page web de mon cours et savoir quels sites mes étudiants ont consultés et à quelle heure. De plus, mon employeur vient d’installer un programme qui me permet de prendre mes courriels professionnels chez moi. Ma maison n’a plus rien d’une forteresse; c’est un bureau où je peux travailler en pantoufles.
Suivant cette tendance, de nouveaux gadgets ont été lancés sur le marché, comme l’ordinateur de poche. Cet appareil permet d’utiliser un service de messagerie électronique sans fil, de mettre à jour des rendez-vous sur-le-champ, de regarder des vidéos, de lire des livres entiers à l’écran et d’exécuter des tâches complexes. Maintenant, c’est comme si on était constamment au bureau! Il n’est plus possible de rentrer à la maison si l’on entend, par «maison», l’endroit où l’on allait pour se détendre, s’isoler du monde extérieur et faire autre chose que travailler.
Compte tenu de la prolifération des moyens par lesquels chacun peut être joint, il faut faire preuve d’une grande volonté pour se «déconnecter» des exigences imposées par l’accessibilité tous les jours 24 heures sur 24. Pour ce faire, on doit transférer tous ses appels sur son répondeur; éteindre son télécopieur, son cellulaire et son téléavertisseur; se mettre absent sur MSN Messenger, etc. Ne pourrait-on pas inventer un dispositif universel qui mettrait tous ces gadgets «en attente» en même temps au moment où l’on insère sa clé dans la serrure de la porte d’entrée, question de pouvoir véritablement rentrer chez soi?