Des banlieues plus urbaines et plus vertes
Des banlieues qui s’urbanisent… et plus vertes que jamais! C’est ce que les Québécois se feront de plus en plus proposer au cours des prochaines années.
Précurseur, le projet Urbanova, à Terrebonne, propose un quartier orienté sur le développement durable et le nouvel urbanisme, visant l’équilibre entre les dimensions sociales, économiques et environnementales. Montréal pourrait-elle s’inspirer d’un tel projet… et devrait-elle s’inquiéter d’une nouvelle concurrence?
Oubliez le modèle de la banlieue des années 1950, pensée en fonction de la voiture. Urbanova, c’est un quartier de 1 220 hectares qui tient compte des particularités environnementales du site, où il sera possible de tout faire à pied, à vélo ou en transport collectif et où les espaces verts et les parcs seront nombreux et accessibles.
«Ce projet est l’un des premiers de cette envergure au Canada», souligne la Fédération canadienne des municipalités (FCM), qui lui a récemment décerné le prix Aménagement intégré de quartier. D’ici 20 ans, ce nouveau quartier formé d’îlots pourra accueillir pas moins de 35 000 résidants.
Une nouvelle ville dans une ville, donc. Et contrairement au centre-ville de Montréal, on a ici le luxe de partir de zéro pour construire un quartier écoresponsable misant sur le développement durable. «Tous les milieux naturels et humides à proximité seront conservés, affirme Marc Léger, coordonnateur au développement durable et à l’environnement à la Ville de Terrebonne. C’est plus de 37 % des aires qui seront protégées et mises en valeur au bénéfice de la population.»
Là est tout l’avantage d’Urbanova sur Montréal, qui ne compte quant à elle que 5,4 % d’aires terrestres protégées (2 700 hectares). Or, la présence de la nature joue un rôle non négligeable sur la qualité de vie des résidents. Des municipalités l’ont compris, et des projets comme Urbanova, voire encore plus novateurs, devraient voir le jour dans les prochaines années, selon la FCM.
Une incitation à l’exode?
Montréal doit-elle s’inquiéter de la concurrence de ces nouvelles banlieues aux allures de petits centres-villes verdoyants? Pas vraiment, croit Juan Torres, professeur à l’Institut d’urbanisme de l’Université de Montréal, spécialisé en design urbain.
«Urbanova propose une densité de population plus importante que la banlieue typique en plus de protéger l’environnement, ce qui est beaucoup mieux que ce qui se fait habituellement, mais ce type de projet a beaucoup de limites, car on arrive encore avec une densité relativement faible», affirme l’urbaniste. Et la densité de population est un critère décisif dans un projet de développement durable. Sans quoi les services de proximité et le transport collectif sont moins nombreux et efficaces, ce qui pourrait emmener les résidents à préférer rester derrière leur volant.
«Notre centre-ville a beaucoup de défis et de problèmes à résoudre, mais aussi beaucoup d’atouts, continue M. Torres. Ses quartiers centraux sont relativement denses et animés, les rendant environnementaux, économiques et intéressants à habiter.» Selon lui, Montréal n’a pas beaucoup à apprendre d’un projet comme Urbanova.
Qu’à cela ne tienne, l’appel des grands espaces verts continue d’opérer ses charmes, la densité de population ne plaisant pas à tous. «La densité moyenne est bonne à Montréal, mais il y a encore des efforts à faire pour la rendre plus vivable», concède l’urbaniste. Pour ce faire, il faut penser par exemple aux réseaux cyclistes, à des corridors verts, à des parcs et à des toits verts, énumère le professeur.
Le Centre d’écologie urbaine de Montréal travaille depuis plusieurs années sur des projets comme celui-là. «Toutes les grandes villes nord-américaines ont développé un réseau d’espaces verts et de grands parcs. Néanmoins, plus de 80 % de la surface de ces villes est occupée par des immeubles et des rues», souligne le Centre, qui insiste sur les avantages du verdissement des quartiers tant sur le plan environnemental (filtration de l’air, moins d’îlots de chaleur, rétention des eaux pluviales) que sur le plan esthétique et sur la santé mentale.
«La Ville travaille dans ce sens, mais pourrait évidemment faire plus. Il faut prendre acte qu’on a un retard et agir de façon plus volontariste», conclut M. Torres. Après Urbanova, pourquoi pas Montréalova?
Écologie versus durabilité
Le développement durable compte trois volets : environnemental, économique et social. Selon une étude du Centre universitaire de recherche en analyse des organisations, réalisée en 2010, Montréal est la ville québécoise la plus écologique… mais chute au 22e rang sur 25 en ce qui a trait au volet socioéconomique. Pas si durable que ça, donc…
Dans cette étude, les critères qui placent la métropole au sommet du classement environnement sont notamment son faible nombre d’automobiles par habitant, le taux élevé d’utilisation des transports en commun, la haute densité de population, la qualité de l’air et de l’eau, la superficie d’espaces naturels ainsi que la quantité de déchets enfouis, recyclés et compostés.
Sur le plan socioéconomique, les critères influençant le degré de durabilité d’une ville sont, entre autres, l’éducation, le taux de chômage et d’activités, l’état de santé de la population, le taux de criminalité ainsi que les dépenses municipales en loisir et culture, sociale et vie communautaire.
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