Féminisation des facultés de médecine: Une perche tendue aux hommes
Dans un contexte où la féminisation de la profession de médecin est un fait accompli, la Faculté de médecine de l’Université de Montréal songe à adopter un nouveau barème de sélection des étudiants qui favorisera peut-être les candidatures masculines. Discrimination positive? «Absolument pas», dit le Dr Jean Leduc, coordonnateur des admissions à la Faculté.
«La plupart des universités nord-américaines ont une troisième étape», justifie M. Leduc. Un examen, par exemple, peut compléter le dossier d’un candidat, déjà évalué sur ses notes et sur sa performance à l’entrevue.
Moins de poids aux notes
Le nouveau barème introduirait une lettre de motivation appuyée par des répondants. Pour le moment, la sélection d’un candidat est basée à 50 % sur les notes et à 50 % sur le volet entrevue. La nouvelle pondération allouerait 40 % aux notes, 10?% à la lettre et 50 % aux entrevues. Or, les candidats frappent généralement à la porte avec des notes moins élevées que les candidates.
Entrevues ciblées
Déjà, on s’assure de mieux évaluer les qualités humaines des futurs médecins avec une nouvelle formule d’entrevue, adoptée cette année par les trois facultés francophones de médecine au Québec : Université de Montréal, Université Sherbrooke et Université Laval. La longue entrevue de 45 minutes a cédé la place à une dizaine de courts entretiens portant sur des points spécifiques. «Est-ce que ça va favoriser les femmes ou les hommes? Je ne peux vous répondre. On le fait pour élargir la base, permettre à plus d’étudiants d’être sélectionnés à l’entrée. Peut-être qu’on gagnera un peu plus de garçons, mais ce sera minime», estime le Dr Leduc.
Le tiers
En septembre, 66,7 % des nouveaux étudiants au premier cycle à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal sont des femmes. Le pourcentage atteint 72,6?% chez les étudiants provenant du niveau collégial, qui occupent 164 des 264 places au programme cette année. En 2001 et en 2002, cette proportion a atteint les 80 %. À Laval et à Sherbrooke, les femmes représentent aussi, en moyenne, le tiers des inscriptions au programme de doctorat en médecine. Le phénomène est loin d’être aussi marqué à McGill, qui compte cette année 54 % de nouvelles inscriptions féminines. L’institution suit la tendance moins franche des universités nord-américaines.
Pour le moment, la sélection d’un candidat est basée à 50 % sur les notes et à 50 % sur le volet entrevue. La nouvelle pondération allouerait 40 % aux notes, 10 % à la lettre et 50 % aux entrevues.
Plaidoyer pourles femmes médecins
Travail. Les femmes médecins travaillent moins d’heures, voient moins de patients à l’heure, et leur présence accrue en médecine met en péril des spécialités comme la chirurgie, qu’elles boudent. Mais… André-Pierre Contandriopoulos et Marc-André Fournier, du Groupe de recherche interdisciplinaire en santé, relèvent des avantages à la féminisation de la profession dans une étude réalisée en 2007 : meilleure relation avec les patients, plus de prévention et d’implication auprès des populations défavorisées et plus d’interaction entre les disciplines médicales.
Médecins engagées
Suzette Guirguis, médecin et chef du département de médecine générale et familiale du CSSS-Laval, admet que les congés de maternité sont légion, mais ses consÅ“urs s’investissent davantage dans leur travail quand leurs enfants gagnent en autonomie, défend-elle. Elle note que les femmes n’ont pas le monopole de la conciliation travail-famille. «Lorsque l’organisation du travail chancelle, la collaboration entre les départements sauve la mise. Le problème est la pénurie de médecins, pas leur sexe», plaide-t-elle.
Favoriser l’admission de garçons dans les facultés de médecine? «Je trouve que ce serait injuste. On a encouragé les femmes à rêver et à persévérer… Je crois que les hommes, comme les femmes, ont une contribution à faire dans cette profession.»
Nathalie Villeneuve