Des produits naturels pour quel usage?
L’information donnée au sujet d’un produit de santé naturel dans un magasin spécialisé reposerait, dans 88 % des cas, sur des preuves scientifiques faibles ou inexistantes. Dans les pharmacies, cette proportion serait de 27 %. C’est en effet ce qui ressort d’une recherche effectuée par l’Université Athabasca, en Alberta, menée auprès de 192 boutiques de produits naturels et de 56 pharmacies situées en Ontario, en Alberta, en Colombie-Britannique ainsi que dans les provinces maritimes.
Au cours de l’étude, menée entre 2002 et 2008, 39 étudiants ont visité les 248 commerces. Ils ont posé aux employés ou aux propriétaires des questions précises sur un produit déterminé, ou encore des questions ouvertes sur la façon d’améliorer son état de santé (maigrir, améliorer sa mémoire, réduire son stress, etc.). Dans 75 % des boutiques de produits naturels, on leur a affirmé à tort que le cartilage de requin pouvait aider à guérir du cancer.
Les résultats de l’étude inquiètent les chercheurs, qui soulignent que de 40 % à 70 % des Canadiens prennent régulièrement des suppléments. Jean-Yves Dionne, pharmacien spécialiste des produits naturels, a déploré que «les chercheurs aient voulu vérifier si les boutiques et les pharmacies appliquent les standards pharmaceutiques aux produits naturels, ce qui est impossible : les produits naturels ne sont pas des médicaments.»
Il a toutefois convenu que dans les boutiques, «il est clair qu’il y a des exagérations, mais si les pharmacies ont mieux fait, c’est aussi parce que souvent, on n’y donne pas de réponse du tout. Les gens qui y travaillent préfèrent dire qu’ils ne savent pas plutôt que de répondre peut-être.»
Le reste du Canada?
Selon M. Dionne, les résultats obtenus dans ces provinces canadiennes resteraient sensiblement les mêmes si on faisait l’expérience au Québec. «Les gens qui travaillent dans les boutiques ou dans les pharmacies – et ça inclut les pharmaciens – ne sont pas adéquatement formés en matière de produits naturels. C’est le cas au Québec et ailleurs au Canada», juge-t-il.
Et les consommateurs, dans tout ça?
«Le consommateur responsable doit faire la recherche par lui-même. L’information est facile à trouver sur l’internet, pour peu qu’on y ait accès», conclut M. Dionne.