Nourrir les passions
Avez-vous déjà remarqué que certaines choses que vous adorez aujourd’hui vous avaient, de prime abord, paru étranges ou frustrantes? Et qu’en est-il de vos mets préférés? Leur aviez-vous trouvé une saveur étrange, la première fois que vous les avez goûtés? Lorsque je pense au contraste entre les débutants et les experts, deux activités me viennent à l’esprit : le golf et le tennis. Le joueur de tennis débutant passe des heures à courir après les balles perdues.
Et très peu de gens arrivent à frapper la balle de golf dès les premiers coups de départ. Pourtant, nous sommes entourés de mordus de tennis et de golf. Il en va de même pour les amateurs de vin, de musique et de bonne chère. Existe-t-il quelqu’un qui a aimé le goût du vin à la première gorgée? J’en doute. Alors, pourquoi y a-t-il autant d’onophiles autour de nous?
Le connaisseur et le snob
Lorsque nous rencontrons des passionnés de choses qui ne nous importent guère, nous les trouvons habituellement insupportables. Je pense, entre autres, aux amateurs de vin, avec leur jargon truffé de «nez aromatique» et de «longueur en bouche», et leur obsession de la viscosité et des tanins. Je suis convaincu que la teneur en alcool du vin, qui les rend joyeux et égrillards, a quelque chose à voir avec leur passion. Mais une partie de moi les admire d’être aussi passionnés. Pourvu qu’ils reconnaissent que leur passion n’est pas partagée et qu’ils ne soient pas condescendants, ces gens peuvent être une source d’inspiration.
Certains considèrent les connaisseurs comme des snobs. Si on ne connaît rien à l’opéra et qu’on surprend une conversation sur la dernière production de Rigoletto, ce peut être intimidant. On peut faire comme bien des gens et transformer cet embarras en une tendance à dénigrer les autres et à les qualifier de snobs. Mais qui est le véritable snob? Celui qui aime une forme d’art hermétique ou celui qui, après avoir fait mine de s’y intéresser, lève le nez sur cet art, ou pire encore, le dénigre sans y avoir consacré la moindre réflexion?
Nourrir des passions
À vrai dire, de nombreuses passions naissent lentement et grandissent au fil des années. Que ce soit la cuisine, la musique, le sport ou la littérature, il nous faut parfois un certain temps avant d’en découvrir la magie. Ce qui importe, c’est de laisser la patience et l’ouverture d’esprit nous aider à découvrir ce que nous aimons. Pourquoi nous priver d’une expérience pleine de potentiel sans lui laisser le temps de prendre forme? Qui sait? Nous pourrions même devenir des onophiles, joyeux et égrillards.