Les bons et les méchants
Quand j’étais petit, jouer à la guerre était simple. Il suffisait de former une équipe de bons et une de méchants, puis de se lancer dans la bataille. Il n’y avait pas de débat moral. Si on était désigné méchant, on jouait un méchant!
Pour un adulte, cela ne semble pas aussi simple. Lorsque survient un conflit ou une guerre, si on demande à l’un ou l’autre des belligérants s’ils sont «les bons» ou «les méchants», ils répondent tous qu’ils sont «les bons». Dans un monde où des millions de personnes sont victimes de conflits armés, il n’y aurait donc que des bons qui tuent?
Bien sûr, la guerre est un phénomène complexe qui ne peut être analysé en quelques lignes. Cependant, les germes de conflits majeurs se manifestent parfois dans des situations aussi simples que nos interactions quotidiennes avec nos collègues ou les jeux de nos enfants. La nature humaine, à petite ou à grande échelle, est responsable des conflits. Mais qu’est-ce qui provoque les guerres, exactement? Deux principes actifs sont à l’œuvre dans la plupart des conflits. D’abord, la crainte de la solitude. Il nous arrive à tous de nous sentir perdus et isolés. Or, la solitude rend vulnérable, si bien que nous recherchons la force dans l’union. Cela nous amène à former des groupes, au sein desquels nous n’avons plus à douter de nos croyances. La mentalité de groupe nous convainc que celles-ci sont justifiées. Cela crée la pensée antagoniste qu’on observe dans tous les conflits.
L’autre principe important est qu’on voit rarement les gens qui défendent un certain point de vue tenter de se mettre à la place de leurs adversaires. Ils ridiculisent leurs arguments, mais sans essayer de les comprendre.
Il ne fait aucun doute que l’ego et le désir de dominer le monde sont à l’origine de plusieurs guerres. Hitler devait être combattu, pas compris! Mais, dans bien d’autres conflits, les deux parties se sentent victimes d’une injustice. Tenter de comprendre les arguments de l’autre peut alors contribuer à dissiper la tension. L’empathie, soit la capacité à comprendre les sentiments d’autrui, exige qu’on tienne compte des idées des adversaires, mais aussi de leur point de vue émotionnel. Sans cette aptitude, les bons continueront à tuer les bons.