Les maladies mentales à l'heure de la sensibilisation
Même si les préjugés sont moins tenaces qu’ils ne l’ont déjà été, les maladies mentales continuent d’avoir mauvaise presse. Redoutées par certains, ignorées par d’autres, ces maladies sont encore méconnues, même si elles affecteront la vie de près de 20 % des Canadiens.
Alors que se déroule mercredi la deuxième journée On cause pour la cause, qui permet d’amasser des fonds destinés à la recherche sur la santé mentale, Métro s’est entretenu avec le chef du département de psychiatrie de l’hôpital Louis-H. Lafontaine, le Dr André Luyet.
Les statistiques nous apprennent qu’un Canadien sur cinq sera touché par la maladie mentale au cours de sa vie. Ces chiffres ont-ils progressé au cours des dernières années?
C’est assez stable, mais ça traduit peut-être le fait que les gens consultent plus facilement au fur et à mesure que des campagnes pour faire tomber les préjugés et les tabous sont organisées.
Les tabous demeurent-ils l’un des grands défis auxquels vous devez faire face?
C’est encore un problème. Il y a encore beaucoup de stigmatisation liée à la maladie mentale. Les gens sont encore mal à l’aise de consulter en psychiatrie. C’est plus facile de présenter un problème de santé physique qu’un problème de santé mentale. On a besoin de faire beaucoup d’éducation pour amener les gens à consulter rapidement au lieu de voir leur situation se détériorer.
Est-ce que les gens ont tendance à attendre trop longtemps avant de consulter?
Les maladies mentales se déclarent généralement à la fin de l’adolescence et au début de l’âge adulte alors c’est parfois difficile de distinguer ce qui est pathologique de ce qui est une crise transitoire dans le passage de l’adolescente à l’âge adulte. Encore aujourd’hui, les familles ont de la difficulté à aller vers les services, notamment en raison de la stigmatisation. On remarque aussi que les familles peuvent être très tolérantes. Quand elles se décident à aller consulter, en refaisant l’histoire, on se rend parfois compte que ça fait des mois que la personne est en difficulté.
La recherche progresse-t-elle dans le domaine de la santé mentale?
Il se fait beaucoup de recherche, notamment sur la dépression, le stress, l’anxiété et les psychoses, mais il ne s’en fait probablement pas assez. C’est plus facile d’avoir des fonds dédiés à la recherche en cardiologie et en pédiatrie qu’en psychiatrie. Encore aujourd’hui, les grandes compagnies qui participent à des campagnes de levées de fonds sont beaucoup plus enclines à participer à des activités liées à la cardiologie, à l’enfance ou au cancer qu’à la psychiatrie. Ça change, mais on n’est pas arrivé à égalité.
Lorsque les gens sont parvenus à passer outre les préjugés et sont prêts à consulter un spécialiste, y a-t-il suffisamment de ressources pour les aider?
Il y a beaucoup d’efforts qui ont été faits pour rendre les services de psychiatrie plus accessibles, mais c’est sûr que ça prendrait plus de ressources. Les professionnels qui travaillent dans les services de première ligne sont mieux formés pour détecter les maladies mentales, l’accessibilité des services de psychiatrie s’est améliorée, la liaison entre les différents partenaires a aussi été facilitée, mais puisque les gens n’ont pas besoin d’être hospitalisés ou internés, ça prend beaucoup de ressources professionnelles pour les accompagner dans leur démarche de soin et de réadaptation.
- Pendant la journée On cause pour la cause, Bell remettra 0,05 $ pour chaque rediffusion des messages Twitter envoyés par @Bell_Cause.