L’UdeM boude l’avis de ses experts
L’Université de Montréal (UdeM) tourne officiellement le dos au concours d’architecture pour la conception de son nouveau complexe des sciences, évalué à 350M$. Pourquoi?
C’est pourtant l’option qu’avaient fortement suggérée à la direction de l’établissement le doyen de la Faculté d’aménagement, la directrice de l’école d’architecture et de nombreux professeurs, comme je l’expliquais dans cette tribune en septembre dernier.
Cette recommandation en faveur de la tenue de concours internationaux avait notamment été formulée afin d’offrir à nos architectes et à nos urbanistes une chance égale de faire valoir leurs idées, une transparence dans le processus de conception, mais surtout, d’obtenir le meilleur rapport qualité/prix pour un édifice si dispendieux. On ne parle donc pas ici d’un pur caprice, mais d’un processus logique qui a fait ses preuves partout dans le monde, particulièrement dans le secteur universitaire.
Mais curieusement, l’UdeM a décidé d’ignorer l’avis de ses propres experts en aménagement en lançant un simple appel d’offres public au début du mois de février.
Est-ce une mauvaise chose? Pas nécessairement. Les concours d’architecture ne sont pas non plus des formules magiques pour obtenir des projets de qualité. Par contre, une démarche plus compétitive, comme les concours, force les firmes d’architecture à innover et à se dépasser pour remporter le contrat en jeu. Sans oublier que le promoteur se retrouve avec plusieurs propositions sur la table à la fin du processus et peut donc sélectionner celle qui lui semble la mieux adaptée à ses besoins.
Ce ne sera malheureusement pas le cas avec la formule retenue par l’UdeM, ce qui déçoit grandement plusieurs membres de la Faculté d’aménagement avec qui j’ai eu la chance de discuter ces derniers jours.
En fait, les mots «innovation» et «créativité» ne figurent nulle part dans le document d’appel d’offres de 10 pages. Le gagnant sera simplement sélectionné en fonction de sa capacité à concevoir des projets de construction majeurs, de son expertise en bâtiment durable et de ses aptitudes à travailler en équipe. J’espère bien!
Mais entre vous et moi, ce n’est pas parce qu’une firme d’architecture a acquis de l’expérience sur des chantiers d’envergure que son portfolio est nécessairement grandiose. C’est possible, remarquez bien, mais c’est loin d’être garanti, ce qui est très dommage pour une métropole censée être certifiée Ville UNESCO de design.
Certains me diront de laisser la chance au coureur. Je veux bien, mais pourquoi prendre un risque à 350M$? Après tout, on a une chance sur deux d’obtenir un pavillon universitaire d’une banalité architecturale déconcertante en 2018. Le risque me semble bien trop élevé…


