Égypte: le tourisme est sacré pour les Frères musulmans
Plus d’un an après le printemps arabe, les propriétaires d’hôtels égyptiens espèrent que les touristes reviendront dans leur pays. L’arrivée des Frères musulmans inquiète. Mais il n’y a rien à craindre, affirment ceux-ci.
Dans les complexes hôteliers égyptiens règne un calme relatif. Les hôteliers souhaitent une année plus lucrative qu’en 2011. Le climat politique, instable au pays des pyramides pendant et après le printemps arabe, qui a chassé du pouvoir Hosni Moubarak, avait refroidi l’ardeur des visiteurs.
Résultat : une baisse de près du tiers du nombre de touristes par rapport à l’année précédente. Aujourd’hui, même si le calme est revenu, les craintes, elles, demeurent, à cause de la montée en force des Frères musulmans, que certains accusent de vouloir faire de l’Égypte un état islamique. Des accusations «totalement non fondées», disent les principaux gagnants des dernières élections.
L’industrie du tourisme, essentielle à l’économie du pays, est même «sacrée», lance Tarik Wafik, un membre influent du parti. M. Wafik, professeur d’urbanisme à l’Université du Caire, jure que son parti n’a aucune intention de bannir l’alcool des hôtels ou les bikinis des plages, comme l’avait exigé un candidat du parti en décembre. «Le tourisme est très important pour l’avenir du pays, explique-t-il.
C’est aussi le moteur d’autres branches de notre économie et c’est notre carte de visite à l’international. Le Coran nous demande d’être accueillants. Les libertés et la vie privée des touristes doivent être respectées.»
Le professeur souhaite même répondre à la demande des hôteliers et confirmer l’importance du tourisme dans la nouvelle constitution égyptienne. «Bien sûr, pourquoi pas? avance M. Wafik. Mettons une chose au clair : les Frères musulmans appuient à 100 % l’industrie touristique.»
Les Égyptiens qui travaillent dans le secteur sont ravis d’entendre de telles promesses. Ils veulent rapidement oublier l’année désastreuse causée par la révolution. «Pendant la chute de Moubarak, nous n’avions plus que 15 clients à l’hôtel, se rappelle Remon, employé du Royal Brayka, un complexe sur la mer Rouge. Nous étions là, les mains dans les poches, à ne rien faire.» L’hôtel de luxe compte
500 chambres et une nouvelle aile est en construction. «Le Caire est à 1 000 km, mais les touristes, visiblement, ne savaient pas où les violences se déroulaient en regardant les informations», ajoute Remon.
Un peu plus loin, Sherifo tente de convaincre la poignée de clients installés sur la plage de s’offrir un massage. Il est convaincu que les choses vont s’améliorer chez lui, grâce à la révolution. «Il le faut, après 30 ans de Moubarak», indique-t-il en souriant. Il se fait plus vague sur l’avenir politique du pays. Il ne sait pas de quoi il sera fait. Sherifo préfère ne pas nommer le parti pour lequel il a voté lors des élections parlementaires. «C’est logique que les Frères musulmans aient obtenu le plus de sièges», se contente-t-il de dire.
En réfléchissant aux intérêts économiques de l’Égypte, les employés de Royal Brayka ne croient pas que le pays deviendra un deuxième Iran. «Je ne vois pas un gouvernement capable de demander de
bannir l’alcool dans les hôtels ou d’exiger des chambres séparées pour les couples non mariés, lance Remon. Même les musulmans ne veulent pas ça ici. Les vacances, c’est fait pour s’amuser.» L’employé souhaite surtout la paix dans son pays. «L’Égypte n’a vraiment pas besoin d’une deuxième révolution.»
Tourisme
Moins de touristes en Égypte
• 2009 : 11,9 millions
• 2010 : 14,1 millions
• 2011 : 9,8 millions
D’où viennent les touristes qui se rendent en Égypte?
• Italie : 38 %
• Allemagne : 15 %
• Pologne : 6 %
• France : 5 %
• Pays-Bas : 4 %
• Autres pays : 32 %
Source: Ministère du Tourisme de l’Égypte