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05:00 2 décembre 2020 | mise à jour le: 2 décembre 2020 à 07:05 temps de lecture: 5 minutes

Des élus favorables au «définancement» de la police de Montréal

Des élus favorables au «définancement» de la police de Montréal
Photo: Josie Desmarais/MétroDes manifestants demandant un définancement du SPVM ont interrompu la présentation du budget 2021 de la Ville de Montréal, le 12 novembre.

Des élus montréalais se montrent favorables au «définancement» du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), alors qu’un conseiller indépendant s’apprête à déposer une motion qui recommande d’impliquer davantage les organismes communautaires pour répondre à certains appels d’urgence.

Dans les derniers mois, un mouvement qui appelle à «définancer» la police a pris de l’ampleur, notamment aux États-Unis, mais aussi à Montréal. La semaine dernière une coalition d’organismes a réclamé une réduction de 50% du budget du SPVM afin que la Ville réinvestisse cette somme dans des initiatives communautaires. Les militants derrière ce mouvement réclament également une diminution du nombre de policiers en plus de limiter l’accès à des armes par les forces de l’ordre.

Dans les dernières semaines, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, s’est dite ouverte à revoir les façons de faire du SPVM pour miser davantage sur une approche communautaire. Elle appuie notamment les équipes mixtes qui ont été mises en place, entre autres afin d’améliorer les interventions auprès de personnes ayant des problèmes de santé mentale. Mme Plante estime toutefois qu’il serait «irresponsable» de réduire le financement du SPVM actuellement, alors même que la pandémie fait rage et que le nombre de fusillades a connu une hausse récemment dans plusieurs secteurs de la métropole.

L’opposition officielle, Ensemble Montréal, s’oppose également à un «définancement» de la police. Un de ses conseillers dans Montréal-Nord, Abdelhaq Sari, réclame même une augmentation du nombre de policiers dans l’arrondissement pour rassurer la population.

Certains appuis

Certains élus appuient toutefois ce mouvement populaire, du moins en partie. C’est notamment le cas de la conseillère indépendante Renée-Chantal Belinga, qui siège à Montréal-Nord. Celle-ci se dit favorable à une réorientation d’une partie du budget du SPVM.

«Cela permettrait d’investir de manière beaucoup plus conséquente dans la prévention de la criminalité, explique-t-elle à Métro. On pourrait investir dans les postes de professionnels comme des travailleurs de rue, des intervenants psychosociaux qui peuvent également être spécialisés en toxicomanie», énumère-t-elle.

Sa position, dit-elle, est axée sur la réalité des citoyens qu’elle représente. «Il y a un réel bris de confiance entre certains membres des communautés noires et les services policiers», fait-elle valoir.

Revoir les pratiques du SPVM

À la prochaine séance du conseil municipal, le 14 décembre, le conseiller indépendant de Snowdon, Marvin Rotrand, déposera d’ailleurs une motion qui appelle à des changements structurels au SPVM. L’élu propose donc qu’une consultation publique ait lieu pour revoir les méthodes d’intervention du corps de police. Joint par Métro, M. Rotrand, qui réclame depuis un moment une réduction du nombre de policiers au SPVM, suggère notamment que des équipes composées uniquement de membres de groupes communautaires répondent à certains appels du SPVM.

Sa motion propose d’ailleurs de demander à la Vérificatrice générale de la Ville, Michèle Galipeau, d’examiner le budget du SPVM «pour trouver des possibilités d’effectuer des économies et des gains d’efficacité», le tout afin d’augmenter le financement d’initiatives communautaires.

«Ce que je demande, c’est de trouver un moyen alternatif d’intervention. Certaines interventions peuvent être faites par d’autres que la police», affirme M. Rotrand. Ce dernier s’oppose toutefois à une réduction drastique du financement de la police, qu’il qualifie d’«irréaliste».

«Il faut arriver à un consensus social»

La mairesse d’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Giuliana Fumagalli, se dit «d’accord» avec le mouvement pour le «définancement» de la police. L’élue, qui appuie la motion de Marvin Rotrand, estime toutefois qu’«il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs».

«Ça prend une consultation. Après, on pourra prendre des décisions éclairées. En ce moment, c’est difficile de dire où devrait aller l’argent», tranche-t-elle.

«Il faut arriver à un consensus social pour que cette vision soit légitime», soutient également Mme Belinga, en référence à une éventuelle réorientation d’une partie des fonds du SPVM vers des organismes communautaires. Selon la conseillère, il n’y a aucun doute que les Montréalais souhaitent ce changement. «C’est évident qu’il faut aller de l’avant. Je crois que la société civile pousse dans cette direction-là», ajoute-t-elle.

«Ce qu’on veut, c’est plus de services et moins de bavures policières.» -Giuliana Fumagalli, mairesse de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

Caméras portatives

En parallèle, la motion recommande d’équiper tous les policiers de caméras portatives. Or, selon un rapport du SPVM publié l’an dernier, la Ville aurait à débourser plus de 17M$ pour acheter les caméras corporelles et former les 3000 patrouilleurs du SPVM, sans compter les frais annuels élevés reliés à la gestion des vidéos ainsi captées.

«Je ne crois pas que culturellement ou socialement, on soit dans cette trame-là où on réduirait les ressources au SPVM», estime pour sa part la conseillère indépendante dans Lachine, Julie-Pascale Provost.

L’ancienne élue de Projet Montréal déplore d’ailleurs le manque de «vision claire» de l’administration de Valérie Plante dans le dossier du financement de la police.

«Si on avait une vision claire et qu’on l’expliquait, on avancerait. Maintenant, on stagne», lance-t-elle en entrevue.

-Avec Olivier Faucher, Métro Média

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