Ahuntsic-Cartierville
11:18 8 octobre 2020 | mise à jour le: 11 octobre 2020 à 14:33 temps de lecture: 4 minutes

Les effets de la COVID sur l’endettement

Les effets de la COVID sur l’endettement
Photo: 123rfIl faut connaître les causes qui peuvent mener au surendettement afin d’éviter cette situation.

Depuis mars, les syndics de faillite ont vu le nombre de dossiers traités mensuellement fondre, notamment en raison des mesures d’aides durant la pandémie. Si certains ont même pu faire des économies, il faut s’attendre à un retour de balancier prochainement.

«On n’a jamais vu cela dans l’histoire. C’est la seule fois que le nombre d’insolvabilités diminue de moitié lors d’une crise économique», s’exclame Pierre Leblanc, fondateur du groupe de syndic du même nom.

Le phénomène s’expliquerait selon les syndics de faillite par les diverses formes de répit accordé, tant par les programmes gouvernementaux que par les institutions bancaires. «Pour quelqu’un qui recevait 2000$ par mois [de Prestation canadienne d’urgence (PCU)], qui ne payait plus son hypothèque, ses cartes de crédit et son auto, la vie pouvait être belle», relève M. Leblanc.

Ce qui veut dire que plusieurs n’avaient pas de soucis financiers. «Cela a donné lieu à une augmentation des revenus ou du moins, ça n’a pas occasionné une baisse drastique», souligne l’économiste et chercheure à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), Julia Posca.

Certaines personnes ont même pu faire des économies dans ce contexte. «On a observé que le taux d’épargne des ménages qui était en dessous de 5% depuis le début des années 2000 a grimpé à près de 30 % au deuxième trimestre de 2020. C’est quelque chose qu’on n’avait pas vu lors de la première crise [en 2008)]», remarque Mme Posca.

Exception

La diminution du nombre de dossiers d’insolvabilité n’était toutefois pas prévue par les syndics de faillite. Il y a eu 65% de personne en moins qui ont déposé un dossier d’insolvabilité au Québec en mai. Ils étaient 3905 en 2019 et 1368 cette année. En moyenne les gens ont déposé 54% de dossiers d’insolvabilités en moins pour le premier semestre de 2020 par rapport à l’année précédente.

«On ne s’attendait ni à une baisse ni à une augmentation rapide. On pensait que ce serait au même niveau que l’année précédente», indique Vicky Var, syndic chez le cabinet Raymond Chabot.

Effectivement, la tendance du taux d’insolvabilité a toujours été à la hausse depuis 30 ans et rien ne semble inverser cette courbe.

«On est passé de 1,5% dans les années 1980 à plus de 6% en 2019. La pandémie ne semble influer à la baisse cette tendance», mentionne Mme Posca.

Les mesures de soutien ont permis aux ménages de passer à travers les premiers mois de la crise sans se soucier de l’argent.

«Les gens doivent se rendre compte qu’ils vivent sur un respirateur, mais ces montants de subventions vont devoir être remboursés avec les impôts», prévient la syndic Vicky Var.

Limites

Les aides ne sont pas éternelles et les banques commencent à récupérer leurs créances. Cette embellie pourrait rapidement se détériorer. Car, plus que jamais, le Québec et le Canada vivent une situation économique difficile.

«On vit un ralentissement. On a vu le PIB [produit intérieur brut-NDLR] chuter, le nombre d’emplois diminuer et le taux de chômage augmenter», énumère l’économiste Julia Posca. Dès les mois prochains, les syndics s’attendent à prendre plus de dossiers.

«Nous allons recevoir des gens qui ont subi les impacts de la COVID. Ceux qui ont perdu leur emploi ou ceux qui doivent fermer leurs entreprises par manque de client ou de matière», assure le syndic Pierre Leblanc.

Certains secteurs, comme l’aviation, auront du mal à revenir au même niveau qu’ils étaient avant la COVID-19.

«Tu as une agence de voyages, tu es dans une industrie qui est tombée solidement, ce n’est pas de ta faute, mais les banques ne t’attendront pas deux ou trois ans pour que les affaires reprennent», décrit-il.

Avec les effets du niveau d’alerte rouge, la restauration et la culture sont à nouveau durement touchées.

Pour tous ceux qui ont du mal à gérer leurs finances, il est temps de penser à demain, car les débiteurs n’attendront pas la fin de la pandémie.

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