Ahuntsic-Cartierville
19:06 18 février 2021 | mise à jour le: 22 février 2021 à 20:10 Temps de lecture: 4 minutes

Cohabitation difficile avec les bernaches à Ahuntsic-Cartierville et ailleurs

Cohabitation difficile avec les bernaches à Ahuntsic-Cartierville et ailleurs
Photo: ArchivesUne bernache du Canada

Avec le retour du printemps, les bernaches prolifèrent dans les parcs de la ville. Les pelouses offrent à ces herbivores un buffet illimité. Or, cette présence marquée constitue une nuisance pour certains qui ragent de marcher dans leurs fientes.

La gestion de cette faune sera à l’ordre du jour à Ahuntsic-Cartierville cette année après les nombreuses plaintes adressées à la mairesse Émilie Thuillier.

Deux fois par année, ces oiseaux migrateurs se rassemblent sur les berges de la rivière des Prairies et dans les parcs, notamment Ahuntsic et Saint-Paul-de-la-Croix. Ils peuvent évacuer jusqu’à 1kg d’excréments à chaque défécation.

«On ne va pas ouvrir la chasse. On commence à s’intéresser à la problématique et quels types d’interventions sont possibles», avise Mme Thuillier.

À LaSalle, une opération de gestion des bernaches a été mise sur pied en 2019. Cet arrondissement sur le bord du fleuve Saint-Laurent réagissait aux résidents dérangés lors de leurs activités sportives ou des pique-niques.

Le Groupe Prévost-Fortin, aujourd’hui Artémis Faune, avait été mandaté pour aider à contrôler la prolifération. «De nombreuses municipalités au Québec ont lancé des programmes de gestion de ces oiseaux», assure la directrice générale de l’entreprise, Marie-Eve Castonguay.

Succès inattendu

Ces oiseaux qu’on appelle aussi des outardes avaient été réintroduits dans des parcs du nord-est des États-Unis et dans le sud de l’Ontario dans les années 1970. Le problème s’est accentué dans la province depuis les années 1990 avec la migration vers le nord.

«On a sous-estimé sa capacité à s’adapter au milieu urbain et les populations ont augmenté de manière exponentielle», explique le professeur associé au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Jean-François Giroux.

Pour ce spécialiste, les bernaches peuvent engendrer des problèmes de sécurité sérieux. Elles sont porteuses de bactéries qui peuvent contaminer les humains en contact avec des quantités importantes de fèces.

«Un coup d’aile peut occasionner des blessures à jeune enfant qui s’approcherait trop près d’un nid», avertit aussi le chercheur.

De plus, il y a le phénomène appelé péril aviaire dans le milieu aéronautique. «L’avion qui a dû atterrir d’urgence dans la baie d’Hudson [à New York, en 2009], c’était à cause des bernaches», rappelle M. Giroux.

Toutefois, le chercheur préconise une cohabitation pacifique. Si les bernaches occupent les milieux urbains, c’est en absence de prédateurs tels que les coyotes, les renards ou les ratons laveurs, déjà éloignés par l’Homme.

«Les gens aiment bien voir les bernaches. C’est très beau sur l’eau. Mais quand il y en a trop, c’est là que ça devient difficile. Il faut prendre des mesures pour ne pas les laisser proliférer», remarque M. Giroux. La couvée d’un couple de bernaches compte cinq à sept œufs. La durée de vie d’un animal peut atteindre 23 ans dans la nature.

Gestion

Les entreprises de gestion de la faune recourent à l’effarouchement avec des chiens spécialement dressés sous la supervision de techniciens. Des méthodes mécaniques sont aussi possibles selon le propriétaire de Robot Loisir R2 D2, une firme de location de tondeuses électriques autonomes, Denis Renaud.

«On avait fait le test en 2017 dans le parc d’un hôtel de Dorval, connu pour recevoir des mariées. Elles se plaignaient de voir leurs robes tachées après avoir marché dans les excréments», raconte-t-il.

Les robots silencieux qui tournent 24h sur 24 dérangent les oiseaux qui préfèrent s’en aller vers des pelouses plus clémentes. L’accès restreint aux rives par des arbustes et la stérilisation des œufs en les enduisant d’huile minérale permet par ailleurs de réduire la reproduction.

«Il faut une démarche globale qui passe aussi par l’éducation. Il ne faut pas nourrir les oiseaux et une belle pelouse, bien taillée, c’est un garde-manger pour eux», soutient la directrice d’Artémis Faune.

La sensibilisation pourrait donc être le choix gagnant, étant la seule méthode qui peut être engagée à long terme.

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