Trois questions à celles qui vous représentent
La parité homme femme en politique au Québec
« Je crois que les postes de pouvoir ne sont plus inaccessibles aux femmes comme auparavant », constate Diane de Courcy, députée de Crémazie et ministre de l’Immigration.
Elle en veut pour preuve la nomination de Pauline Marois à la tête de l’État québécois. « J’aimerais voir un jour autant de femmes que d’hommes à l’Assemblée nationale, espère-t-elle. Malheureusement, les structures politiques et le fonctionnement de notre assemblée ne permettent pas de trouver le juste équilibre travail-famille qui est requis lorsque l’on a de jeunes enfants à la maison. »
Pour Christine Saint-Pierre, députée de l’Acadie : « on ne pourrait plus imaginer des élections sans qu’aucune femme ne soit candidate. » Même si les femmes sont la moitié de la population, elle ne croit pas aux quotas. «Dans les milieux féministes, nous parlons de zone de parité soit 40-60. Ainsi, nous pourrions même dépasser les 50%. »
« À la Chambre des communes, il n’y a qu’environ 23 % de femmes, observe Maria Mourani, députée fédérale de la circonscription d’Ahuntsic. En 2011, j’ai dû faire une question privilège pour qu’une femme députée puisse allaiter son enfant pendant le vote à la Chambre des communes et avoir des tables à langer. » Pour elle, ce genre de situation souligne « qu’il y a du travail à faire au niveau des mentalités pour créer un espace plus propice à la présence des femmes, et surtout des jeunes femmes, en politique. »
Émilie Thuillier, conseillère de ville d’Ahuntsic et présidente de la Commission sur l’examen des contrats à l’hôtel de ville, craint des retours en arrière sur ce plan. « Par exemple, les dernières élections municipales de novembre 2013 n’ont pas permis de faire élire significativement plus de femmes à Montréal, ni au Québec. Dans certaines régions du Québec, il y a même eu un recul du nombre d’élues », note-t-elle. À Montréal, où les femmes sont plus nombreuses, elle souligne que : « Le comité exécutif de la Ville de Montréal n’est pas paritaire et le comité exécutif de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) l’est encore moins avec une seule femme sur huit. »
« Une analyse plus fine démontre que les femmes peinent à décocher des postes décisionnels, constate Lorraine Pagé, conseillère de ville pour le district de Saint-Sulpice. Alors que les conseillères d’arrondissement représentent 55,26 % des personnes élues à ce poste, la stagnation du nombre de femmes élues comme mairesses d’arrondissement et de conseillères de la Ville démontre que la représentation élective des femmes aux postes décisionnels est confrontée à un blocage systémique. »
Les femmes pratiquent la politique différemment
« Je crois qu’il y a plusieurs façons de faire de la politique et cela est propre à chacune et à chacun, pense Mme de Courcy. On fait de la politique différemment quand on place les intérêts de la population au-dessus de tout. On n’a qu’à penser au travail qui a été fait par Véronique Hivon dans le dossier Mourir dans la dignité. »
« Les femmes recherchent davantage le consensus. Elles sont moins agressives que les hommes, note Mme Saint-Pierre. J’ai déjà entendu dire Mme Marois qu’elle devait développer son « instinct de tueuse ». Les femmes doivent faire de la politique en essayant de changer cette perception qui devient un réel frein à l’engagement des femmes », pense-t-elle.
« Je ne peux pas dire que les femmes font nécessairement la politique différemment en tout temps, consent Mme Mourani. Mais un parlement doit refléter le plus possible les sensibilités et les préoccupations de toute la population. Les femmes représentent plus de la moitié de la population canadienne, et il est évident que le Parlement doit être à l’image de la diversité canadienne et québécoise. »
« Ce dont je suis tout à fait certaine, c’est que la présence des femmes en politique permet de faire émerger d’autres préoccupations, relève Mme Thuillier. Il est maintenant prouvé que, par exemple « l’urbanisme n’est pas neutre ». Les femmes et les hommes ne se déplacent pas dans la ville de la même façon et les deux n’utilisent pas exactement les mêmes services. »
Pour Mme Pagé, les femmes se sentent souvent moins à l’aise sur le terrain de l’affrontement idéologique et ne bénéficient pas des réseaux sur lesquels les hommes peuvent compter dans les cercles de pouvoir. « Les femmes historiquement sont plus intéressées par le côté humain, les questions sociales; elles recherchent davantage le consensus que l’affrontement; elles sont moins compétitives. Tout cela peut favoriser le fait que certains dossiers prennent plus d’importance ou que certains comportements évoluent. Elles peuvent aussi sûrement faire bouger les choses sur les plans de l’équité en emploi ou de la conciliation travail-famille. »
Quelle place pour les femmes?
« Toutes leurs places et non toute la place, nuance Mme De Courcy. Les femmes sont sous-représentées en politique, il y a différentes façons de s’impliquer et, pour moi, le pouvoir législatif est un moyen parmi d’autres pour changer le monde autour de nous. Je souhaite qu’on atteigne un équilibre dans l’engagement des hommes et des femmes dans tous les secteurs de la société. »
Pour Mme Saint-Pierre, les femmes « doivent prendre part dans toutes les décisions qui les concernent. Il est donc important de convaincre le plus de femmes possible de s’engager. Nous devons cependant réaliser tout le chemin qui a été parcouru depuis le droit de vote des femmes en 1940. » Elle conçoit que s’engager en politique demeure « une décision très difficile à prendre, car cela implique tout un chambardement dans notre vie personnelle. Les horaires stables ne tiennent plus et il faut être disponible à tous moments. »
« Les jeunes femmes doivent écouter leurs aspirations et ne pas laisser les autres, ou elle-même, placer un plafond de verre qui limite leur ascension dans les espaces d’influence et de pouvoir, considère Mme Mourani. Elles peuvent aussi chercher des alliances, notamment avec les hommes, basées sur l’idée que tout gain pour les femmes est un gain pour toute l’humanité. »
Pour Mme Thuillier « il faut que plus de femmes s’investissent en politique parce que toutes les femmes ne sont pas pareilles. » Il faut plus d’élues et « briser le plafond de verre qui existe encore et qui fait que les femmes sont souvent bien présentes à la base, mais moins au sommet. Et pour y arriver, il faut qu’il y ait plus de femmes qui s’investissent dans tous les domaines de la politique. »
« C’est anormal que la moitié de la population ne soit pas représentée en toute égalité, s’insurge Mme Pagé. Nous ne pouvons qu’être plus riches collectivement de l’apport des unes et des uns. Nous avons une expérience de vie, fille, mère, conjointe, grand-mère, qui a façonné notre vision du monde, de notre société et des rapports humains. Cette expérience contient des enseignements quand vient le temps de dégager des orientations et d’établir des politiques. »