Centre d'hébergement Notre-Dame-de-la-Merci : Des réductions budgétaires qui risquent de couter cher
«Nous sommes très inquiets», dit au bout du fil Christine Saint-Pierre, députée de l’Acadie pour le Parti libéral du Québec. «Ils veulent économiser deux millions de dollars en supprimant les postes de 32 infirmières, 27 préposés aux bénéficiaires et 7 postes administratifs.» «La nuit, cela va donner une infirmière sur trois étages et pour 190 malades», indique-t-elle. Les abolitions de postes seront effectives à partir du 23 septembre 2013.
L’Agence de la santé veut réduire les dépenses de plus de 100 millions de dollars cette année dans les CSSS de Montréal pour atteindre le déficit zéro du gouvernement. Pour le CSSS de Bordeaux-Cartierville-Saint-Laurent, la part est de deux millions. Notre-Dame-de-la-Merci compte 400 lits. Il reçoit des malades pour la plupart très âgés. Ils souffrent de maladie d’Alzheimer, d’ESP ou de pathologies chroniques lourdes. Des malades en chaises roulantes ou carrément sur des civières, c’est l’ambiance habituelle de l’établissement. La majorité des patients sont en perte d’autonomie et ils sont dans l’établissement pour longtemps. Pour beaucoup, leur univers est limité à leur lit et leur chambre et nécessitent une attention de tous les instants.
Changements complexes
Du côté du CSSS on confirme la réduction budgétaire. Pour le Centre d’hébergement Notre-Dame-de-la-Merci, on évalue ces réductions à 1 million de dollars.
Mais on apprend auprès de la responsable des communications que : «depuis quatre ans ce sont 5,5 millions qui ont été amputés sur le budget du CSSS». On précise aussi le nombre de postes abolis chez les soignants, soit deux infirmières de nuit, 16 infirmières auxiliaires : 4 de jour, 10 de soir et 2 de nuit, 4 préposés aux bénéficiaires : 2 de jour, et 2 de nuit. Par ailleurs, on annonce la création de deux postes d’infirmières de jour.
«Nous sommes déjà au minimum des effectifs», annonce Benoit Taillerfer du syndicat des travailleurs et travailleuses du CSSS Bordeaux-Cartierville. Les réductions d’effectifs vont diminuer de moitié le nombre de préposés aux bénéficiaires présents la nuit. «Il y’a dès maintenant une seule infirmière la nuit pour les trois étages et les 190 malades», souligne-t-il.
Mais au CSSS on parle plus volontiers de réorganisation. «Nous allons travailler durant les prochains mois à réorganiser le travail en collaboration avec les employés, il y a certainement des améliorations à apporter dans nos pratiques actuelles et nous comptons sur les différentes équipes de travail pour demeurer ouvert à modifier nos pratiques», avance Guylaine Simard, directrice des services à la clientèle.
Optimisation ?
La nuit deux infirmières, six infirmières auxiliaires et une coordinnatrice, qui assure-t-on possède une formation d’infirmière, seront présentes pour desservir les 350 résidents.
«Il y a toujours un médecin de garde», ajoute-t-on. «La tournée des chambres se fera par les infirmières auxiliaires tandis que l’infirmière dessert en priorité les résidents qui ont une condition de santé qui nécessite une évaluation.»
Par ailleurs, avant de toucher au personnel soignant, la direction s’était attelée à réduire les dépenses administratives. «Dix postes de cadres seront abolis à la fin de l’exercice financier, des achats regroupés et d’autres activités qui totaliseront 1,6 million d’économies», informe-t-on.
La situation suggère un terrible face-à-face entre employés et direction.
Au moins onéreux
«Il y’a une ouverture auprès de la direction. Nous comprenons qu’on a exigé des réductions de dépenses. Mais cela ne doit pas se faire au détriment des travailleurs et de la qualité des soins», martèle M. Taillefer.
«Actuellement nous en sommes à mobiliser les travailleurs, mais aussi les parents des malades et les élus» explique-t-il. «Nous souhaitons en arriver à minimiser le plus possible les impacts pour la clientèle. Les cinq prochains mois seront consacrés à réorganiser le travail et au printemps prochain nous allons procéder à un sondage sur la satisfaction de la clientèle hébergée», a déclaré pour sa part le directeur général Daniel Corbeil, via son service des communications. On rappelle que depuis l’automne dernier le DG rencontre les exécutifs syndicaux tous les mois. «Il a rencontré près de 600 employés lors d’une récente tournée d’information sur la situation budgétaire en mars dernier.» On a mis aussi sur pied des groupes de travail patronat-syndicat pour suivre l’évolution de la situation dans les secteurs touchés.
Des peintures pour égayer les jours tristes
Des tableaux accrochés au plafond pour un public allongé. Il ne s’agit pas d’une performance artistique qui sort des sentiers battus. C’est le centre d’hébergement de Notre-Dame-de-la-Merci qui se transforme en galerie d’exposition de peintures, particulière pour ses patients. «C’était une idée pour améliorer la qualité de vie des malades», indique Isabelle Gariépy, préposée aux bénéficiaires. Avec son collègue Sylvain Montour, ils ont imaginé une manière originale d’égayer le quotidien des patients. Le défi : réaliser le projet avec 1000$. «Au début, avec mille piasses, on a voulu acheter des peintures. On s’est vite rendu compte que cela ne pouvait pas nous permettre plus de trois ou quatre tableaux. Alors j’ai commencé à contacter des artistes, par courriel ou sur Facebook», raconte-t-elle. «On s’est dit, on achète de la toile et on la donne aux artistes pour qu’ils nous fassent des tableaux», explique-t-elle. «Notre objectif c’était 12 à 15 tableaux.» L’opération a commencé au mois d’août 2012. En avril 2013, Plus de 80 artistes ont répondu à l’appel et on compte près d’une centaine de peintures que le hall d’entrée de l’auditorium du centre d’hébergement de Notre-Dame-de-la-Merci avait du mal à accueillir. L’accrochage a commencé. Il se poursuivra dans les jours qui viennent en essayant de choisir pour chaque patient celle qui lui convient. «On a voulu offrir autre chose que les tuiles blanches du plafond à leur regard», relève Mme Gariépy. «Les tableaux vont les accompagner du lever et au coucher, tous les jours.»
L’exposition est plutôt éclectique. «Nous n’avons pas imposé de thèmes, évoque Isabelle Gariépy. Mais chacun s’est reconnu lorsqu’on a parlé de malades alités.» «Si ce n’est pas l’artiste lui-même, cela évoque l’histoire d’un parent ou d’un ami». Comment les malades qui ne peuvent pas parler choisiront-ils leurs tableaux ? «Chaque malade a une histoire et nous la connaissons. Pour ceux qui ne peuvent pas s’exprimer, nous allons choisir pour eux en fonction de ce que nous savons d’eux et de ce qu’ils aiment». «Je me suis souvenu des mois d’hôpital que j’avais passés dans ma jeunesse», raconte Patrick Larrivée, un ancien grand brulé. «C’est une belle cause, je pense qu’il est naturel que des artistes apportent leur concours», note-t-il. «Je m’allongeai dans mon lit et j’essayai de voir ce qui permettait à un malade de s’évader», révèle Manon Brunelle. Elle a offert trois toiles. «Le tableau une fois accroché, emmène loin le malade», renseigne Patrick Larrivée. «Nous voulons collecter encore des tableaux et si des artistes sont intéressés ce sera avec grand plaisir», annonce Isabelle Gariépy.